Une cérémonie sous haute tension à la citadelle
La commémoration annuelle au Mur des fusillés de la citadelle d'Arras, dédiée aux partisans assassinés par les nazis, s'est tenue en présence du préfet du Pas-de-Calais, François‑Xavier Lauch, du maire d'Arras et de parlementaires. L'hommage vise à se souvenir des 218 résistants exécutés par les Allemands entre 1941 et 1944, parmi lesquels figuraient majoritairement des mineurs et de nombreux militants communistes.
Organisée par l'Association nationale des anciens combattants et ami(e)s de la Résistance (ANACR) du Pas-de-Calais, la cérémonie a été préparée dans un climat d'inquiétude. Denise Belgeulle, secrétaire de l'ANACR 62 et responsable de l'organisation, raconte : « On n'a pas bien dormi les jours précédents ! On se demandait comment ça allait se passer ». Elle se disait notamment préoccupée par la présence d'élus du Rassemblement national (RN) et redoutait des « incidents graves ».
« On n'a pas bien dormi les jours précédents ! On se demandait comment ça allait se passer. » — Denise Belgeulle, ANACR 62
Un contexte départemental qui pèse
La crainte d'un débordement s'enracine dans l'évolution récente du paysage politique local. Aux dernières élections municipales, 12 communes, principalement situées dans le Bassin minier, sont passées sous direction RN, portant à 14 le nombre de villes dirigées par le parti dans le département. La présence d'élus frontistes aux cérémonies de mémoire n'est plus exceptionnelle et augmente le risque de réactions hostiles parmi les participants.
En 2022, déjà, la venue de Thierry Frappé, député RN de la 10e circonscription du Pas-de-Calais, avait donné lieu à des huées lors du rassemblement. Cette mémoire, longtemps associée au monde ouvrier et aux formes de résistance portées par les communistes, soulève des enjeux symboliques forts lorsque des élus d'un parti récemment conforté localement y participent.
La décision de l'ANACR 62 : maintenir la tradition
L'ANACR 62 a choisi de respecter sa tradition d'inviter les maires des communes dont étaient originaires les résistants fusillés. Denise Belgeulle le rappelle : ces résistants venaient « de tous horizons politiques, sociaux, religieux », même si « il y avait toutefois, c'est vrai, beaucoup de communistes ». L'association a estimé qu'elle ne pouvait pas « boycotter une municipalité sous prétexte qu'elle serait d'extrême droite », soulignant la continuité de la commémoration au-delà des divisions politiques actuelles.
Plusieurs communes ayant basculé vers le RN ont répondu à l'invitation et étaient représentées lors de la cérémonie. Parmi elles, Liévin, qui a souligné son souhait de « rendre hommage à celles et ceux qui ont combattu et donné leur vie pour notre liberté », et Loison‑sous‑Lens, invoquant le « devoir de mémoire » pour justifier sa présence.
- 218 résistants fusillés à la citadelle d'Arras entre 1941 et 1944.
- 12 communes du Bassin minier récemment dirigées par le RN, 14 villes RN au total dans le département.
- Présence du préfet François‑Xavier Lauch, du maire d'Arras et de parlementaires.
Un hommage marqué par l'histoire ouvrière et communiste
Le Mur des fusillés symbolise une mémoire largement ancrée dans le monde ouvrier et les luttes communistes locales : nombre des exécutés étaient des mineurs de charbon et des militants qui avaient pris les armes contre l'occupant et le régime de Vichy. Cette dimension historique nourrit la sensibilité de la population locale et explique la vigilance manifestée par les organisateurs.
Malgré les tensions anticipées, l'ANACR 62 a maintenu la cérémonie et invité l'ensemble des communes concernées, privilégiant la continuité commémorative. Les prochaines éditions seront sans doute observées de près, alors que le paysage politique du Pas‑de‑Calais continue d'évoluer et que se posent, dans l'espace public, des questions sur la manière de préserver la mémoire collective face aux recompositions locales.
| Élément | Chiffre/Observation |
|---|---|
| Résistants fusillés | 218 (1941–1944) |
| Communes passées au RN | 12 dans le Bassin minier (14 villes RN dans le département) |
| Présence notable | Préfet François‑Xavier Lauch, maire d'Arras, parlementaires |