Deux albums de la collection « Un pape dans l’Histoire », publiés par les éditions Glénat, viennent de paraître et proposent une lecture biographique d’Eugenio Pacelli, devenu pape sous le nom de Pie XII en 1939. L’œuvre met en scène autant la trajectoire personnelle du futur souverain pontife que les controverses qui entourent son attitude pendant la Seconde Guerre mondiale.
Un récit en miroir entre mémoire et enquête
Le point de départ narratif se situe à Paris, en 1963, lors de l’interruption de la pièce Le Vicaire par des catholiques traditionalistes. Deux spectatrices, nommées Miriam et Rachel, engagent une discussion animée sur la figure de Pie XII : l’une, fille du grand rabbin de Rome et convertie au catholicisme en 1945, défend le pape après avoir étudié ses mémoires ; l’autre, juive rescapée d’une tentative de déportation, le qualifie de « Pape d’Hitler ». Par leur dialogue et leurs déplacements en Italie, les albums mêlent enquête et reconstitution historique.
Les auteurs donnent la parole à des témoins proches du pape, parmi lesquels sœur Pascalina et le père Leiber, qui décrivent la carrière d’Eugenio Pacelli au Vatican, depuis son ordination précoce jusqu’à ses fonctions diplomatiques et sa nomination comme nonce apostolique. Ces récits visent à replacer les choix du pape dans leur contexte diplomatique et ecclésial.
Un parcours reconstitué : diplomatie, condamnations et prudence
Les albums retracent plusieurs étapes clés mentionnées dans les documents biographiques :
- l’ordination d’Eugenio Pacelli avant 25 ans et son entrée rapide dans les responsabilités vaticanes ;
- son engagement aux côtés de Benoît XV en 1914, promouvant une politique de paix sans humiliation des belligérants ;
- son rôle dans la diplomatie pontificale, notamment la négociation de concordats et son travail pour Pie XI sur la lettre Mit brennender Sorge, texte de condamnation du nazisme ;
- son élection comme pape en 1939 et la gestion de la tourmente de la Seconde Guerre mondiale, marquée par une prudence des positions en raison des représailles nazies.
Les albums soulignent notamment la complexité des arbitrages de Pie XII : s’il apparaît horrifié par le bolchévisme et le nazisme, il conserve une attention envers les catholiques allemands et cherche également à protéger les fidèles dans un contexte de persécutions. La BD relate aussi les actions ponctuelles de l’Église pendant la guerre, comme l’intervention lors de la rafle de Rome en 1943 et le refuge offert à certains juifs dans des couvents.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1914 | Défense de la vision de Benoît XV pour une paix sans humilition |
| Années 1920–30 | Activité diplomatique et négociation de concordats (nonce apostolique) |
| 1937 | Travail à la lettre Mit brennender Sorge condamnant le nazisme |
| 1939 | Élection comme pape (Pie XII) |
| 1943 | Rafle de Rome : interventions et cachettes de juifs dans des couvents |
Une représentation qui interroge
En choisissant un dispositif narratif combinant témoignages directs et confrontation de mémoires, la bande dessinée vise à éclairer des choix difficiles plutôt qu’à livrer un verdict sans appel. La présence de personnages issus de milieux différents (juif, converti, religieux) permet de mettre en relief les tensions mémorielles entourant Pie XII : salut pour certains, accusation d’inertie pour d’autres.
La scénariste mentionnée dans le dossier, Théa Rojzman, articule ces éléments biographiques et historiques afin de rendre accessibles au lecteur des questionnements sérieux sur la responsabilité des institutions religieuses face aux régimes totalitaires. Les albums s’inscrivent ainsi dans une longue tradition d’ouvrages et de recherches historiques qui tentent d’évaluer, au prisme des archives et des témoignages, l’action du Saint-Siège durant la guerre.
Sans trancher définitivement sur la controverse, la parution chez Glénat promet d’alimenter la discussion publique et intellectuelle autour d’un personnage dont l’héritage reste discuté. À défaut d’apporter de nouvelles preuves, ces albums relancent la mise en récit d’une période où la diplomatie, la foi et la survie se sont entrelacées de manière souvent contradictoire.