Bruxelles affiche un basculement durable vers le travail à distance. Selon les données publiées le 9 septembre par l’Institut bruxellois de statistique et d’analyse (IBSA), 55 % des salariés dont le lieu de travail se situe dans la Région bruxelloise ont travaillé au moins une partie du temps depuis leur domicile en 2025, contre environ 25 % avant la crise sanitaire, en 2019.
Une adoption pérenne, pas une parenthèse
Le phénomène n’est pas strictement conjoncturel. Après un sommet observé en 2021 — année marquée par des confinements successifs — où le taux a atteint 60 %, la pratique s’est stabilisée depuis autour de 53 à 55 %. Pour l’IBSA, cette stabilité témoigne que le télétravail n’était pas seulement une parenthèse liée aux mesures sanitaires, mais s’est inscrit durablement dans les habitudes professionnelles de la capitale.
Intensité du télétravail : la transformation la plus nette
Le changement le plus spectaculaire concerne l’intensité du télétravail. Avant la pandémie, seuls 2 % des salariés travaillaient depuis chez eux au moins la moitié du temps. Aujourd’hui, ils sont 25 %, soit une multiplication par dix. Le télétravail occasionnel, lui, reste stable et concerne toujours environ un quart des travailleurs, tandis que le télétravail exclusif demeure marginal, passant de 1 % à 2 %.
| Période | Taux de télétravail (au moins partiellement) | Télétravail intensif (≥50 % du temps) |
|---|---|---|
| 2019 (pré-Covid) | ~25 % | 2 % |
| 2021 (pic liée aux confinements) | 60 % | - |
| 2025 | 55 % | 25 % |
Navetteurs vs résidents : un clivage marqué
L’IBSA souligne un écart net selon le lieu de résidence. La moitié des salariés travaillant à Bruxelles habitent en dehors de la Région. Et ce sont ces navetteurs qui télétravaillent le plus : 62 % d’entre eux le font au moins occasionnellement, contre 47 % des Bruxellois. Cet écart se creuse pour la pratique intensive : 32 % des navetteurs travaillent au moins la moitié de leur temps depuis leur domicile, contre 18 % pour les résidents de la capitale.
Ces différences posent des questions concrètes sur les politiques de mobilité, la gestion des transports publics et l’aménagement des infrastructures de bureau à Bruxelles. Elles ont aussi un impact sur les commerces de centre-ville, la fréquentation des transports et la planification urbaine.
Un contraste avec le paysage national
À l’échelle du pays, d’autres enquêtes dessinent un mouvement parfois contraire. Le Baromètre du monde du travail, commandé par l’acteur immobilier Befimmo et réalisé par iVox, indique que 54,6 % des employés belges ne travaillent aujourd’hui jamais à domicile. Par ailleurs, la part de ceux qui préfèrent venir au bureau cinq jours par semaine progresse : 33,1 % des répondants se déclarent favorables à cette option, un bond de huit points par rapport à l’année précédente.
Ces chiffres nationaux soulignent la diversité des attitudes face au télétravail selon les secteurs, les profils professionnels et les territoires. À Bruxelles, la configuration particulière du marché de l’emploi — forte proportion de navetteurs, présence d’emplois concentrés dans les services et l’administration — favorise une plus grande adoption du télétravail qu’ailleurs en Belgique.
Conséquences pratiques pour la capitale
Sur le terrain, les effets sont tangibles : flux de déplacements modifiés, horaires de pointe qui se diffusent, besoins différents en matière d’espaces de coworking et d’équipements numériques. Pour les autorités régionales et communales, ces tendances impliquent des choix en matière de mobilité, d’urbanisme et de soutien aux entreprises.
- La demande d’espaces de bureau flexibles pourrait rester soutenue, même si le télétravail intensif se développe.
- Les transports publics et la voirie doivent s’adapter à des voyages moins concentrés sur les heures de pointe.
- Les commerçants de centre-ville doivent repenser leurs horaires et leurs offres pour une clientèle moins présente quotidiennement.
Si le télétravail transforme la capitale, il ne la remodèle pas de manière uniforme : les navetteurs et les résidents n’en vivent pas les effets de la même façon. Pour les décideurs bruxellois, la donnée est claire : il faudra articuler politiques d’emploi, mobilité et aménagement du territoire en tenant compte de cette nouvelle donne.
Correspondance à Bruxelles