Les artistes québécois continuent d’être largement éclipsés par les vedettes internationales sur les plateformes d’écoute en ligne au Québec. D’après les chiffres publiés par l’Observatoire de la culture et des communications de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), la part des écoutes attribuables à des artistes québécois s’élève à 7,1 % pour l’ensemble de l’année 2025.
Un faible ancrage francophone sur les plateformes
Ce taux est quasi stable par rapport à 2024 (7 %) mais marque un recul par rapport aux années précédentes : 7,5 % en 2023 et 8 % en 2022. Le panorama des artistes les plus écoutés reste dominé par des noms internationaux — Taylor Swift, Drake, Morgan Wallen, The Weeknd figurent en bonne place — et il faut attendre le 12e rang pour retrouver le premier représentant québécois, le groupe Les Cowboys Fringants.
Dans le classement des Québécois les plus écoutés apparaissent également :
- Charlotte Cardin (38e)
- Souldia (45e)
- Alexandra Stréliski (64e)
- Céline Dion (68e)
Autre signe de l’hégémonie anglo-saxonne sur les plateformes : aucune chanson québécoise ni francophone ne figure parmi les dix titres les plus diffusés en 2025 au Québec. Au total, la musique écoutée sur les services de streaming dans la province est majoritairement anglophone, qui représente 83,2 % des écoutes, tandis que le français pèse 9,8 % et la catégorie « autre langue ou sans paroles » atteint 7,1 %.
Plateau de croissance et concentration géographique
Le rapport de l’ISQ signale par ailleurs que la croissance de la consommation de musique en ligne semble montrer des signes d’essoufflement. En 2025, les plateformes ont enregistré 31,9 milliards d’écoutes au Québec, soit une progression modeste de 3 % par rapport à 2024. À titre de comparaison, les années précédentes avaient connu des hausses plus importantes : 12 % pour 2024 et 16 % pour 2023.
La répartition géographique des écoutes révèle une forte concentration autour de la métropole : 71 % des usages se produisent à Montréal et dans ses banlieues. L’ISQ attribue cette concentration, entre autres, aux nombreux déplacements quotidiens vers la région métropolitaine, qui offrent des moments propices à l’écoute de musique via des services mobiles.
Conséquences pour la scène musicale francophone
Ces données posent la question de la visibilité des artistes francophones sur des marchés de plus en plus mondialisés et dépendants des algorithmes de recommandation des plateformes. Une part minoritaire d’écoutes pour la production locale peut avoir des répercussions sur les revenus, la découverte de nouveaux talents et la place du français dans l’écosystème musical numérique.
Sans préconiser une solution technique précise — ce que ne propose pas non plus le document de l’ISQ — ces constats nourriront probablement les débats sur les politiques culturelles : quotas, soutien aux radios et plateformes locales, campagnes de promotion ciblées, ou initiatives d’inclusion des répertoires francophones dans les algorithmes pourraient être discutés par les acteurs culturels et les institutions.
| Indicateur | Valeur 2025 |
|---|---|
| Part des écoutes pour artistes québécois | 7,1 % |
| Écoutes totales | 31,9 milliards |
| Part anglophone | 83,2 % |
| Part francophone | 9,8 % |
| Concentration à Montréal et banlieues | 71 % |
Les chiffres de l’ISQ dessinent le portrait d’un paysage musical québécois en ligne qui peine à imposer sa marque sur les plateformes mondiales. Pour les artistes et les décideurs culturels, l’enjeu est double : comment accroître la présence et l’audience des créateurs d’expression française, tout en s’adaptant aux logiques de consommation et aux algorithmes des services de streaming ?