L’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) a annoncé vendredi le maintien de la note de la Belgique à AA-, en conservant une perspective stable. Si cette décision écarte pour l’instant une nouvelle dégradation, S&P met en garde contre la trajectoire des finances publiques et la lenteur de l’ajustement budgétaire au niveau fédéral.
Des atouts structurels reconnus, des risques persistants
S&P souligne plusieurs forces de l’économie belge : sa localisation entre la France, l’Allemagne et les Pays‑Bas, des infrastructures portuaires majeures et une base industrielle jugée compétitive, notamment dans le secteur pharmaceutique. Toutefois, l’agence est préoccupée par l’impact de la hausse des taux d’intérêt et par l’incertitude liée aux négociations budgétaires pour 2027, encore au point mort au fédéral.
« La Belgique bénéficie de sa position stratégique… Elle conserve en outre une base industrielle compétitive, notamment dans le secteur pharmaceutique »,
Des projections chiffrées qui inquiètent
Sur le plan macrofinancier, S&P anticipe un déficit public élevé pour les années à venir et une dette qui continuerait d’augmenter. L’agence prévoit :
- déficit public à 5,3 % du PIB en 2026 ;
- une baisse lente du déficit, qui atteindrait 4,7 % du PIB en 2029 ;
- une dette publique culminant à environ 111 % du PIB à l’horizon 2029.
| Année | Déficit prévu (% du PIB) | Dette publique (% du PIB) |
|---|---|---|
| 2026 | 5,3 | (non précisé) — base 2026 |
| 2029 | 4,7 | 111 |
L’agence avertit qu’une détérioration plus marquée de la position financière extérieure ou un choc énergétique plus sévère pourraient conduire à une nouvelle révision à la baisse de la note belge.
Conséquences pour le marché et la politique budgétaire
Conjuguée à l’augmentation générale des taux, cette perspective pèse sur le coût de financement de l’État. Vendredi, le rendement de l’emprunt d’État belge à dix ans (OLO) se situait à 4,43 %, un niveau proche des plus hauts observés depuis 2011. Dans ce contexte, tout retard supplémentaire dans l’adoption d’un plan budgétaire crédible pourrait accroître la vulnérabilité du pays aux chocs externes.
Au plan politique, la mise en garde de S&P arrive alors que les discussions fédérales sur le budget 2027 restent bloquées. L’agence attend des mesures plus rapides et plus significatives d’assainissement pour stabiliser la trajectoire de la dette et réduire la prime de risque payée par l’État belge.
Enjeux pour les gouvernements régionaux et les acteurs économiques
Si la note demeure inchangée aujourd’hui, une nouvelle détérioration pèserait sur la confiance des investisseurs et sur les charges d’intérêts futures, avec des répercussions possibles pour les pouvoirs locaux, les entreprises et les ménages.
La recommandation implicite de S&P est claire : sans progrès budgétaire substantiel et rapide, la Belgique pourrait voir sa marge de manœuvre financière se réduire et son coût d’emprunt rester durablement élevé.
La balle est désormais, en grande partie, dans le camp du gouvernement fédéral. Les prochains rounds de négociation budgétaire seront scrutés par les marchés et les agences de notation, qui restent déterminantes pour l’évaluation du risque souverain belge.