La journée de manifestations du 17 octobre en France suscite une critique sévère de la manière dont les pouvoirs publics ont mobilisé la force publique. Dans une tribune publiée par Le Temps, le directeur de recherche au CNRS Sebastian Roché, spécialiste des questions policières, déplore un « fiasco policier » et décrit une gestion du maintien de l’ordre non seulement inefficace, mais symptomatique d’une confusion plus profonde entre l’ordre politique et l’ordre policier.
La critique centrale : deux ordres distincts mais mêlés
Pour Roché, la France montre une tendance durable à brouiller deux registres qui, dans une démocratie, doivent rester complémentaires mais distincts : l’ordre politique — qui procède par négociation, compromis et dialogue — et l’ordre policier — qui se fonde sur la contrainte physique et des règles strictes d’emploi de la force. Selon lui, cette confusion explique des interventions policières marquées par une absence de désescalade et une utilisation excessive des moyens.
Le chercheur renvoie aussi à des précédents récents qui, selon lui, illustrent ce même défaut de doctrine et de pratique : les gazages massifs lors de la finale de la coupe de l’UEFA en 2022, les blessures liées aux armes dites sublétales à Sainte-Soline, et la gestion des grandes manifestations contre la réforme des retraites en 2023.
Des conséquences humaines et symboliques
La tribune rappelle que la France figure parmi les pays européens comptant le plus grand nombre de mutilés et de tués par la police en maintien de l’ordre. Ce constat alerte sur des conséquences humaines graves et met en question la compatibilité des pratiques actuelles avec les normes européennes en matière d’usage de la force.
Roché pointe également une dimension politique : à l’approche des échéances électorales, la stratégie gouvernementale aurait privilégié la dramatisation du désordre afin de marquer des adversaires politiques. Il évoque l’argumentaire gouvernemental visant à présenter certaines composantes des manifestations — notamment le mouvement lycéen — comme manipulées ou transformées en « violences urbaines ».
« faire passer les gauches pour les partis du désordre », « violences urbaines »
Enjeux et implications
Sans prétendre apporter une solution technique, la tribune met en lumière plusieurs enjeux qui appellent des réponses politiques et institutionnelles :
- Réévaluation du cadre et des pratiques du maintien de l’ordre, pour réaffirmer les principes de stricte nécessité et de proportionnalité dans l’emploi de la force ;
- Clarification des responsabilités entre pouvoir politique et commandement opérationnel, afin d’éviter l’instrumentalisation des interventions policières à des fins de communication partisane ;
- Contrôle public et transparence sur l’emploi des armes et sur les bilans humains, pour restaurer la confiance et permettre un examen indépendant des pratiques.
| Constat formulé | Éléments cités |
|---|---|
| Confusion des ordres | Négociation politique vs contrainte policière |
| Antécédents | UEFA 2022, Sainte-Soline, manifestations 2023 |
| Conséquences | Nombre élevé de mutilés et de tués lors du maintien de l’ordre |
La tribune de Sebastian Roché est avant tout un appel à la lucidité institutionnelle : elle invite les responsables politiques et les autorités de police à restaurer une doctrine claire du maintien de l’ordre, fondée sur la protection des personnes et le respect des libertés publiques. En filigrane, elle alerte sur le risque d’une dérive où la force remplacerait le dialogue comme réponse à la contestation sociale.
Pour les observateurs européens, ces événements posent la question de la compatibilité des pratiques françaises avec les standards européens, et pourraient nourrir des débats au sein des institutions et des associations de défense des droits. En France, le débat politique promet d’être vif, tant sur la qualification des faits que sur les mesures à mettre en œuvre pour prévenir de nouveaux épisodes comparables.