Depuis le siège de la Sacem, organisation historique chargée de la collecte des droits d’auteur, Cécile Rap‑Veber défend une ambition claire : faire vivre la musique « dans tous les territoires », et pas seulement dans les grands centres culturels. Dans une interview accordée au podcast « La Story », elle détaille les dispositifs que la société met en place pour rapprocher les publics, et particulièrement les jeunes, de la création musicale.
Des dispositifs pour aller au‑delà des scènes traditionnelles
La directrice générale situe l’action de la Sacem au croisement de deux missions : la protection des créateurs — en garantissant la perception des droits lorsque des œuvres sont diffusées — et la démocratisation culturelle. Pour cela, elle évoque des programmes concrets déjà opérationnels :
- « Tous en Live » : une initiative visant à permettre à de petits lieux (cafés, salles de village) de financer la venue d’un groupe ou d’un artiste.
- « Les Fabriques à musique » : des résidences d’artistes en milieu scolaire destinées à initier des classes à la composition et à l’écriture musicale.
Ces dispositifs s’inscrivent dans une volonté de réduire les fractures territoriales en matière d’accès à la culture. Rap‑Veber souligne que les actions doivent toucher la ruralité comme les banlieues, terrains parfois difficiles d’accès pour les circuits traditionnels du spectacle vivant.
« C'est difficile parfois d'aller dans la ruralité ou dans les banlieues »
La dirigeante n’en masque pas la réalité : atteindre ces publics suppose des engagements spécifiques et des modes de financement adaptés. Pour renforcer cet effort, la Sacem a par ailleurs lancé un fonds de dotation dédié à plusieurs priorités : la diversité musicale, l’égalité femmes‑hommes, l’éveil artistique et l’affirmation de soi par la musique. Ce fonds vise à accélérer et pérenniser les initiatives déjà menées.
Objectifs pédagogiques et socialisateurs
Les résidences en milieu scolaire des « Fabriques à musique » ne se limitent pas à une simple animation : elles proposent un apprentissage de la création, de la composition et de l’écriture, dans l’objectif de donner aux élèves des outils d’expression. De la même manière, « Tous en Live » cherche à revitaliser la vie musicale locale en soutenant la programmation de petites scènes.
Au‑delà des aspects artistiques, ces programmes portent une ambition sociale : susciter des premières expériences culturelles déterminantes, parfois là où l’offre est la moins dense. Rap‑Veber insiste aussi sur l’importance de la transmission : faire découvrir la musique de manière active plutôt que par une simple consommation passive.
La Sacem entre protection des auteurs et politiques publiques
Directrice d’une institution fondée en 1851, Cécile Rap‑Veber rappelle que la Sacem conserve sa mission originelle de collecte et de redistribution des droits d’auteur chaque fois que des œuvres sont jouées — en concert, à la radio ou dans des lieux publics. Mais l’organisation entend désormais jouer un rôle plus affirmé en faveur de projets pédagogiques et territoriaux, en complétant les initiatives publiques par des soutiens ciblés.
| Programme | Objectif |
|---|---|
| Tous en Live | Financer des concerts dans de petits lieux (cafés, villages) |
| Les Fabriques à musique | Résidences en milieu scolaire pour initier à la composition et à l’écriture |
| Fonds de dotation | Soutenir diversité, égalité femmes‑hommes, éveil artistique |
Cette stratégie place la Sacem comme un acteur à la fois économique et culturel : gardienne des droits des créateurs et mécène opérant sur le terrain. Pour Rap‑Veber, l’enjeu est d’autant plus crucial qu’il s’agit de préparer de nouveaux publics et de renforcer la diversité des voix dans le paysage musical.
Enfin, si la dirigeante évoque ses premières émotions musicales et sa passion pour le spectacle vivant, c’est pour rappeler que la musique demeure un « outil d’affirmation de soi » et un vecteur d’émancipation — un rôle que la Sacem entend soutenir par des actions concrètes, financières et pédagogiques.