Le tribunal de commerce de Tarbes a décidé, à l’issue de l’audience du 26 octobre, de placer les Forges de Tarbes en redressement judiciaire. Filiale du groupe Europlasma, l’entreprise fait face à des difficultés de trésorerie qui ont conduit sa direction à engager cette procédure, destinée à permettre la poursuite de l’activité pendant l’élaboration d’un plan de redressement.
Un outil industriel stratégique pour la défense française
Les Forges de Tarbes occupent une place singulière dans l’appareil industriel national, fournissant notamment des pièces pour la filière défense. Le site emploie 63 salariés et, selon Europlasma, a réalisé 19,8 M€ de chiffre d’affaires en 2025. Le tribunal a ainsi accédé à la requête du groupe pour prolonger la protection judiciaire engagée le 22 octobre et offrir une respiration à l’entreprise, en attendant la définition d’un plan permettant d’assurer la continuité de l’activité.
Des chiffres qui illustrent la volatilité du modèle
Les derniers comptes disponibles (exercice 2024) indiquent un chiffre d’affaires de 14,4 M€ et une perte nette de 346 822 €. Europlasma souligne par ailleurs une hausse de 37,5 % de son chiffre d’affaires dans ses résultats annuels publiés le 11 juin, mais la filiale tarbaise reste confrontée à des variations importantes de revenus d’une année sur l’autre.
| Année | Chiffre d’affaires | Résultat net |
|---|---|---|
| 2024 | 14,4 M€ | - 346 822 € |
| 2025 | 19,8 M€ | — |
Ces écarts traduisent une dépendance forte à des commandes importantes et ponctuelles, qui rendent la planification industrielle délicate. Lors de l’audience, la direction a insisté sur la fragilité d’un modèle marqué par des variations rapides et significatives du carnet de commandes.
Salariés et syndicats exigent une reprise industrielle
La CFDT, présente lors de l’audience, a plaidé pour une cession à un repreneur « déjà actif dans la défense ou dans l’industrie », capable d’investir dans la modernisation de l’outil de production. Le comité social et économique (CSE) a émis un avis favorable à la démarche engagée par la direction et le groupe, selon les informations communiquées.
- Objectif du redressement judiciaire : préserver l’activité et faciliter une reprise.
- Préoccupation syndicale : trouver un acquéreur industriel et moderniser l’usine.
- Situation financière : trésorerie déclarée intenable, départ de la procédure de cessation des paiements le 22 octobre.
« On ne peut pas impunément passer, sur une perspective de quelques années, de 6 millions à 20 millions puis retomber à 14 millions de chiffre d’affaires. Au plan industriel, ça crée des difficultés », a expliqué Pascal Gilbert, directeur général, lors de l’audience.
La direction souligne avoir engagé en 2024 et 2025 des efforts pour diversifier l’activité, développer de nouveaux produits et créer des lignes de production susceptibles d’attirer d’autres clients, sans que ces démarches n’aient encore abouti à des commandes significatives.
Enjeux locaux et perspectives
Pour la collectivité tarbaise et les salariés, l’enjeu est double : garantir le maintien des emplois et assurer la pérennité d’un savoir-faire industriel relié à la chaîne d’approvisionnement de la défense. Le syndicat met en avant la relation « de confiance » avec KNDS, client historique du site, et souhaite que la procédure de redressement serve de tremplin vers une reprise industrielle solide.
Europlasma a indiqué, le 27 octobre, rester mobilisé et qu’il communiquerait « au fil de la procédure ». Le redressement judiciaire offre une fenêtre de protection judiciaire pendant laquelle des solutions de reprise peuvent être recherchées et étudiées. À Tarbes, salariés et élus suivront de près l’évolution du dossier, conscients que les décisions à venir auront des conséquences directes sur l’emploi local et sur le maintien d’une capacité industrielle stratégique.