Un collectif de professionnels des médias et des agences de communication des départements d'Outre-mer a publié une tribune appelant le gouvernement à garantir une allocation « juste » des crédits dédiés à la communication publique, dans le cadre de la réforme annoncée visant à recentrer et rationaliser les dépenses.
Une réforme nationale et des inquiétudes locales
Les signataires — parmi lesquels des responsables de médias et d'agences établis dans les Antilles et la Guyane — réagissent à la réforme structurelle annoncée par l'État, qui fixe le budget national de la communication publique à 700 millions d'euros dès 2026 et institue un budget unique de 113 millions d'euros pour les grandes campagnes interministérielles d'information d'intérêt général. Ils saluent l'objectif de maîtrise des dépenses mais s'inquiètent des modalités d'application territoriale.
« sobriété, efficacité et lisibilité »
Selon eux, ces principes, s'ils sont légitimes, doivent s'accompagner d'une attention particulière aux spécificités des territoires ultramarins pour préserver l'accès à l'information et la visibilité des politiques publiques sur l'ensemble du territoire national.
La clef démographique comme plancher d'équité
Les auteurs rappellent que les territoires des Antilles et de la Guyane regroupent aujourd'hui « plus d'un million d'habitants », soit environ 1,5 % de la population française. En appliquant strictement cette part démographique aux budgets nationaux évoqués, ils calculent une enveloppe indicative destinée aux Antilles-Guyane.
- Sur le budget national de communication de 700 M€, la part proportionnelle représenterait environ 10,5 M€.
- Sur le budget des campagnes interministérielles (113 M€), la part correspondante serait d'environ 1,7 M€.
Arguments et demandes des professionnels
La tribune, cosignée par onze représentants du secteur — dont des titres et agences reconnus localement — insiste sur la nécessité d'un « plancher d'équité républicaine » : la clef démographique doit constituer un minimum afin d'assurer un traitement égal des citoyens, où qu'ils se trouvent.
Au-delà des chiffres, les signataires soulignent les contraintes spécifiques des territoires ultramarins : éloignement des centres de décision, coûts logistiques plus élevés, marchés médias locaux plus restreints et dépendance d'une part importante des campagnes publiques pour la survie économique de médias et d'agences locales. Ils plaident pour des modalités d'application de la réforme qui prennent en compte ces réalités.
Vers quels mécanismes de répartition ?
La réforme prévoit également la création de bureaux uniques de communication dans chaque préfecture. Les professionnels demandent que ces instruments locaux garantissent une répartition transparentes et équilibrée des moyens, et ne se traduisent pas par une concentration des ressources au profit des métropoles ou des supports nationaux au détriment des acteurs locaux.
| Poste | Budget national | Part proportionnelle Antilles-Guyane (≈1,5 %) |
|---|---|---|
| Budget communication publique | 700 M€ | ≈ 10,5 M€ |
| Campagnes interministérielles | 113 M€ | ≈ 1,7 M€ |
Un appel à la transparence et au dialogue
Les signataires demandent au gouvernement des garanties procédurales : publication des critères de répartition, communication des modalités d'attribution des marchés, et concertation systématique avec les acteurs locaux afin d'éviter des décisions centralisées qui ne prendraient pas en compte les besoins et particularités ultramarins.
Ce type d'alerte intervient alors que l'État poursuit sa politique de « rationalisation » des dépenses publiques. Pour les organisations qui s'expriment dans la tribune, la question n'est pas de s'opposer à l'économie budgétaire mais de veiller à ce que les économies réalisées n'entraînent pas une sous-exposition des populations ultramarines aux messages d'intérêt général ni un affaiblissement des médias locaux.
Quelles suites possibles ?
La tribune ne propose pas de dispositif législatif précis mais formule des principes : reconnaître une part minimale fondée sur la démographie, pondérer la répartition en fonction des surcoûts et des spécificités locales, et instituer des mécanismes de transparence et de concertation. Les prochaines étapes dépendront des arbitrages ministériels et des discussions locales avec les préfectures et les bureaux de communication récemment annoncés.
Dans un contexte de réorganisation nationale, les acteurs des Antilles et de la Guyane cherchent à faire entendre la voix des territoires pour préserver un accès équitable à l'information publique et la vitalité du secteur de la communication ultramarin.