Longtemps reléguée au rang de question strictement médicale et intime, la ménopause gagne en visibilité dans le débat public. Mais les chercheuses signataires d’une étude internationale alertent : loin d’être neutre, cette transition de vie agit comme un miroir des inégalités sociales et professionnelles déjà existantes, qu’elle tend à creuser.
« La ménopause agit comme un révélateur puissant d’inégalités sociales et professionnelles déjà existantes. »
L’étude, portée par les universitaires Sophie Hennekam (Audencia), Laila Benraïss-Noailles (université de Bordeaux) et Loubna Tahssain-Gay (ESSCA), s’appuie sur 205 témoignages de femmes en emploi recueillis dans plusieurs pays — la Chine, l’Afrique du Sud, les États-Unis, le Zimbabwe et la Zambie entre autres — et montre que la manière dont la ménopause est vécue varie fortement selon le contexte culturel, les ressources sociales et le statut professionnel.
La ménopause, un phénomène social autant que médical
Dans de nombreux pays occidentaux, la ménopause est prioritairement traitée par le prisme biomédical. Mais les auteures insistent : il faut la considérer avant tout comme une expérience sociale, modelée par la culture, la classe sociale et les conditions de travail. Ce cadrage change l’approche des politiques publiques et des ressources humaines : il ne s’agit plus seulement de proposer des soins, mais aussi d’adapter les environnements professionnels.
Des chiffres qui imposent la question
En France, la ménopause concerne environ 17 millions de femmes. Chaque année, quelque 500 000 d’entre elles entrent dans cette période de vie et, parmi elles, 87 % déclarent que la ménopause a une incidence sur leur activité professionnelle. Ces données prennent une importance croissante du fait du vieillissement de la population active et du recul de l’âge de départ à la retraite.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Nombre de femmes concernées en France | 17 millions |
| Entrées annuelles en période de ménopause | ~500 000 |
| Part déclarant un impact sur le travail | 87 % |
Des conséquences très inégalitaires
Les autrices insistent sur un point central : la ménopause ne crée pas ces inégalités, elle les met en lumière et les amplifie. Les effets observés sur les trajectoires professionnelles varient selon les protections offertes par l’emploi, la position hiérarchique, l’accès aux soins, mais aussi le capital culturel et social. Ainsi, deux femmes confrontées aux mêmes symptômes peuvent connaître des parcours très différents selon leur environnement professionnel et familial.
Sur le lieu de travail, les conséquences peuvent inclure des interruptions de carrière, une moindre capacité à assumer certaines tâches, des difficultés de concentration ou encore une exposition moindre aux opportunités d’évolution. Ces effets nourrissent des trajectoires de carrière divergentes et peuvent aggraver les écarts de revenus et de progression professionnelle entre les femmes elles-mêmes, et entre les sexes.
Une prise de conscience politique timide mais croissante
En France, le sujet commence à s’imposer : en avril 2025, un rapport parlementaire a formulé 25 propositions destinées à mieux intégrer la ménopause dans les politiques de ressources humaines et à améliorer les conditions de travail des salariées concernées. Ce rapport marque une avancée, selon les chercheuses, même s’il arrive tardivement au regard de l’ampleur du phénomène.
- Reconnaissance de la ménopause comme enjeu de santé publique et de gestion des ressources humaines ;
- Adaptations possibles des postes et des horaires en fonction des symptômes ;
- Formation des managers et lutte contre les tabous qui empêchent le dialogue en entreprise.
Les auteures rappellent cependant que la mise en œuvre de telles mesures doit tenir compte des inégalités existantes : des dispositifs uniformes risquent d’être inefficaces si les entreprises ne prennent pas en compte les variabilités de statut, de conditions de travail et d’accès aux soins.
Vers des politiques adaptées et différenciées
La recherche invite à dépasser une approche unique pour privilégier des réponses nuancées, sensibles aux contextes professionnels et sociaux. Cela passe par une plus grande formation des acteurs RH, la diffusion d’informations fiables, et des dispositifs qui permettent des aménagements de poste sans stigmatisation.
Pour les auteurs, la reconnaissance politique et la transformation des pratiques en entreprise seront essentielles pour limiter l’aggravation des inégalités liées à la ménopause et pour garantir que cette transition de vie ne devienne pas un frein systématique à l’emploi et à l’évolution professionnelle des femmes.
À l’heure où la population active vieillit et où le maintien dans l’emploi est un enjeu économique et social, la question de la ménopause au travail s’impose comme une priorité de santé publique et d’égalité à traiter avec précision et justice sociale.