Le feu de Biscarrosse n’est pas totalement maîtrisé, mais ses conséquences économiques et environnementales pèsent déjà sur les épaules des nombreux propriétaires privés de la commune. Face à des parcelles partiellement ou totalement calcinées, ces petits et moyens propriétaires cherchent des repères pour décider s’ils doivent replanter, évacuer le bois brûlé ou temporiser.
Un cadre administratif assoupli, des praticiens prudents
Le mercredi 5 août 2026, un arrêté gouvernemental a reconnu les incendies lando-girondins de fin juillet comme des « sinistres de grande ampleur ». Cette décision a été accompagnée d’un assouplissement des conditions d’abattage des arbres brûlés, destiné à accélérer leur évacuation et à sécuriser le massif des Landes de Gascogne contre des risques sanitaires tels que le scolyte ou le nématode du pin.
Sur le terrain, la tonalité est plus mesurée. Christophe Belliard, président local de la DFCI (Défense de la forêt contre les incendies), âgé d’une cinquantaine d’années, a perdu 6 hectares sur 9 de ses parcelles. Il appelle à la retenue : « Il faut temporiser, attendre que la terre soit bien refroidie ». Sa principale inquiétude porte sur la valorisation du bois endommagé et la capacité de la filière à l’absorber.
« Il y a une grosse quantité de bois à évacuer en Gironde et la filière n’est pas au mieux. Les industriels vont-ils réussir à le recycler, et à quel prix ? » — Christophe Belliard
Des débouchés incertains pour le bois brûlé
Plusieurs propriétaires envisagent la trituration — broyage du bois pour des usages comme la pâte à papier — mais la filière accuse déjà du retard. Daniel Ducournau, qui a perdu 20 hectares (la moitié de ses parcelles), rappelle que l’industrie est encore en train de traiter les bois de Landiras datant de 2022, ce qui pose la question du rythme d’évacuation.
Ces incertitudes économiques pèsent d’autant plus que la commune de Biscarrosse compte environ 500 propriétaires privés, majoritairement des petits propriétaires (moins de 10 hectares chacun), tandis que quelques gros détenteurs se comptent « sur les doigts d’une main ». La surface de forêt d’exploitation s’élève à 4 500 hectares sur la commune.
Replanter : un calcul économique et générationnel
La question de la replantation se pose avec acuité. « La logique veut qu’on reboise après », reconnaît un propriétaire, mais beaucoup invoquent l’horizon temporel et la rentabilité : après un incendie, il est recommandé de laisser le terrain à nu pendant deux ans, et il faut attendre plusieurs décennies pour que les nouvelles plantations deviennent exploitables.
Plusieurs sylviculteurs s’interrogent sur l’intérêt d’un investissement lourd si leurs enfants — les successeurs potentiels — sont jeunes et que le retour économique ne leur profitera peut‑être pas. Ce raisonnement interroge la viabilité d’une stratégie de reboisement individuelle dans un contexte de changements climatiques et de pression sur les filières de transformation.
- Mesures administratives : reconnaissance en « sinistre de grande ampleur » et assouplissement des règles d’abattage (5 août 2026).
- Situation locale : environ 500 propriétaires privés, forêt d’exploitation de 4 500 ha.
- Cas concrets : pertes signalées — 6 ha sur 9 pour Christophe Belliard ; 20 ha pour Daniel Ducournau.
Conséquences pratiques et perspectives
Les propriétaires attendent désormais des précisions sur les dispositifs d’aide, la logistique d’évacuation des bois brûlés et la capacité des industriels à absorber ces volumes supplémentaires. La question du prix de rachat et du coût de la gestion des parcelles sinistrées reste centrale. Sans débouchés suffisants, certains bois risquent de rester sur place, augmentant les risques sanitaires et de nouveaux départs de feu.
Sur le plan collectif, la situation appelle une coordination entre services de l’État, collectivités locales, assurés et professionnels de la filière bois pour définir des priorités d’évacuation, des solutions de valorisation temporaires et des aides à la reconstruction sylvicole adaptées aux réalités générationnelles et économiques des propriétaires.
| Élément | Chiffres cités |
|---|---|
| Propriétaires privés à Biscarrosse | ~500 |
| Surface de forêt d’exploitation | 4 500 ha |
| Pertes individuelles évoquées | 6 ha (sur 9), 20 ha (soit la moitié) |
À court terme, la prudence reste de mise parmi les sylviculteurs biscarrossais : sécuriser les parcelles, attendre le refroidissement des sols et espérer une montée en charge de la filière de recyclage. À moyen terme, la reprise en main des décisions — replantation, conversion d’usage, ou renoncement à reboiser — dépendra autant des aides publiques et des débouchés industriels que de choix familiaux et économiques souvent lourds de conséquences.
Pour les propriétaires, l’incertitude demeure — technique, financière et générationnelle — alors que la forêt landaise, déjà fragilisée par les récents épisodes climatiques, se retrouve au cœur d’un débat sur son avenir et sa résilience.