Les derniers mois de la présence allemande en Haute‑Marne sont marqués par une série d’exactions attribuées au 5e régiment de volontaires — souvent appelé « cosaques » — rattaché à la Wehrmacht. Arrivé dans le département en février 1944, ce groupe, formé d’engagés ou d’ex‑prisonniers de guerre originaires de l’Union soviétique, a été impliqué dans de nombreuses répressions contre les maquis et des populations civiles locales.
Une implantation à Chaumont et des premiers signes inquiétants
Basés au quartier Foch à Chaumont, ces éléments attirent rapidement l’attention des autorités locales. Le commissaire de police note l’état général du contingent et son comportement ; ses observations témoignent d’un climat déjà dégradé à leur arrivée. L’état‑major du régiment se trouve à Langres, sous le commandement du lieutenant‑colonel Erich Stabenow, jusqu’au milieu de l’année 1944.
« leur état de saleté répugnant et leur laisser‑aller »
Jusqu’au 15 juin 1944, le régiment ne semble pas avoir commis d’actes majeurs rapportés dans les archives locales. Mais la formation des maquis en Haute‑Marne, puis leur croissance, modifient rapidement la donne : le régiment s’oriente vers des opérations de répression et d’attaques ciblées.
De nombreux épisodes de violence dans le département
Les cosaques sont signalés dans plusieurs opérations de répression contre les résistants : attaques des maquis de Laferté‑sur‑Aube et de Voisines, exécutions recensées à Marac, Auberive, Bourbonne‑les‑Bains et Torcenay, ainsi que le massacre de Châteauvillain. Au total, les enquêtes et les témoignages font état d’au moins une quarantaine de résistants et de civils haut‑marnais exécutés par ces unités.
Le rôle du régiment ne se limite pas au seul département : ses hommes ont également participé à des actions répressives dans l’Ain et le Jura, montrant l’étendue de leur emploi dans le dispositif allemand contre les mouvements de résistance.
Les derniers jours : déplacement et derniers crimes
À la fin du mois d’août 1944, alors que la libération avance, le régiment est chargé de tenir et d’aménager des positions défensives sur un front localisé entre Villiers‑sur‑Suize et Longeau, ainsi que de sécuriser les axes vers l’ouest, de Doulevant‑le‑Château à Colombey‑les‑Deux‑Églises.
Le 1er septembre 1944 marque une escalade fatale : des éléments commandés localement par le capitaine Felix Küper commettent deux derniers épisodes meurtriers près de Nogent et Montigny‑le‑Roi, faisant sept victimes supplémentaires. Ces événements concluent sept mois d’une présence meurtrière dans le département pour ce régiment.
Chef de cavalerie âgé de 32 ans et déjà engagé sur plusieurs fronts, Felix Küper commandait les unités stationnées à Chaumont. Les éléments sous son ordre quittent ensuite la Haute‑Marne en empruntant l’ancienne route nationale 417 pour rejoindre la Haute‑Saône, suite à un regroupement ordonné pour poursuivre des opérations ailleurs.
Chiffres et lieux clés
- Arrivée du régiment en Haute‑Marne : février 1944.
- QG : Langres (état‑major) ; cantonnement à Chaumont (quartier Foch).
- Commandement : lieutenant‑colonel Erich Stabenow ; capitaine Felix Küper pour les éléments de Chaumont.
- Victimes recensées : au moins 40 résistants et civils haut‑marnais.
- Derniers crimes : 1er septembre 1944, sept victimes près de Nogent et Montigny‑le‑Roi.
| Dates | Événements |
|---|---|
| Février 1944 | Arrivée du 5e régiment en Haute‑Marne |
| 15 juin 1944 | Marque un tournant : actions de répression plus fréquentes |
| Dernière quinzaine août 1944 | Tâches défensives et sécurisation des routes vers l’ouest |
| 1er septembre 1944 | Sept victimes près de Nogent et Montigny‑le‑Roi ; déplacement vers la Haute‑Saône |
Mémoire locale et enjeux historiques
Les exactions attribuées au régiment Stabenow laissent un souvenir durable dans les communes touchées. Les lieux cités — Châteauvillain, Laferté‑sur‑Aube, Auberive, Bourbonne‑les‑Bains, Torcenay, Marac, Nogent et Montigny‑le‑Roi — figurent parmi ceux où la violence de l’occupation s’est traduite par des pertes humaines et des traumatismes communautaires.
Les éléments factuels rassemblés permettent de reconstituer la chronologie et la nature des opérations menées par ces unités. Ils contribuent également aux travaux de mémoire et d’histoire locale qui visent à documenter la violence de l’occupation et à rendre compte, avec précision, des responsabilités et des victimes.
La période retracée ici illustre la trajectoire d’un groupe de combattants passés des fronts d’Europe de l’Est et de 1940 aux opérations de police militaire en France, et le passage, parfois brutal, des logiques de guerre aux logiques de répression sur le territoire haut‑marnais.
Ce retour factuel permet d’éclairer un pan tragique de la présence allemande en Haute‑Marne et d’alimenter la réflexion locale sur la mémoire et la transmission de ces événements aux générations actuelles et futures.