Un rituel de printemps, premier acte de la création
À Châteauroux, la préparation du spectacle final du festival Darc obéit à des habitudes précises et presque rituelles. Chaque année, au premier jour du printemps, Michel Lopez adresse une lettre aux vingt-quatre professeurs-chorégraphes du stage pour leur annoncer le thème du spectacle. Ce courrier, décrit comme attendu « avec impatience, voire angoisse » par les destinataires, lance officiellement la phase de travail qui aboutira au final collectif intitulé « Fantasmagoria ».
Entre rêve et cauchemar : un thème volontairement large
Le nom du spectacle, « Fantasmagoria », reflète la volonté du metteur en scène de jouer sur l’ampleur et l’étrangeté. Michel Lopez explique son souhait de créer quelque chose « démesuré, grandiose, dans le domaine du rêve et de l’étrange », où le corps, la voix, la chanson et la musique deviendraient « un peu élastiques ». L’objectif affiché est double : offrir un spectacle « moins sage, plus dans le diabolique et le merveilleux » et laisser suffisamment de liberté aux chorégraphes pour assurer une diversité artistique.
« Il faut que je les étonne, que je les provoque un peu. »
Cette injonction à la surprise est centrale dans la méthode de López : le thème se veut ouvert afin que « tous les chorégraphes trouvent le moyen de s’exprimer ». L’idée d’une ambivalence — être « entre le rêve et le cauchemar » — sert à la fois de fil conducteur et de creuset pour la pluralité des propositions scéniques qui composeront le final.
Mode d’emploi : comment naît le spectacle
La construction du spectacle se déroule en deux temps : un travail individuel en amont, puis des ajustements lors du stage. Michel Lopez précise qu’il ne reçoit généralement aucun retour de la part des chorégraphes avant d’arriver sur place ; chacun compose dans son coin et les échanges s’intensifient au fil des jours du stage. Les chorégraphies sont le plus souvent prêtes « à temps », et ce sont les transitions entre les numéros — les liaisons — qui provoquent parfois des idées de dernière minute.
- Lettre initiale : annonce du thème aux 24 professeurs-chorégraphes.
- Travail individuel : chaque chorégraphe crée sa pièce sans retour préalable.
- Stage : mise en commun, ajustements et création des liaisons.
La fabrication collective du spectacle ressemble à un marché d’arrivage selon le metteur en scène : il scrute la « diversité des danseurs » et s’appuie sur les forces présentes, invitant certains participants de son cours de théâtre à assurer des liaisons — lire un texte, prêter leur voix — selon les besoins du plateau.
Réaction des chorégraphes et enjeux artistiques
Le thème suscite traditionnellement des réactions mixtes : « Ils ont flippé comme des malades, comme d’habitude », rapporte Michel Lopez avec un rire contenu. Cette angoisse initiale semble faire partie du processus créatif, une tension fertile qui pousse les artistes à explorer de nouvelles pistes. La diversité des approches est recherchée : chaque chorégraphe est invité à traiter la notion du rêve et du cauchemar à sa façon, ce qui devrait, selon le metteur en scène, produire un final riche et contrasté.
Au-delà du spectacle lui-même, ce travail interroge la place de la différence sur scène : la rencontre de personnages « très différents » est pensée comme un moteur dramatique et chorégraphique. Le résultat attendu est donc un assemblage où l’étrangeté, le merveilleux et une part de diabolisme dialoguent, sans qu’un unique registre n’impose sa loi.
Calendrier et perspectives pour Châteauroux
Si la lettre de Michel Lopez ouvre la saison de création, c’est durant le stage du festival Darc que l’on verra concrètement se dessiner le spectacle final. Les spectateurs castelroussins pourront juger du pari : une grande diversité de propositions, reliées par des liaisons parfois improvisées, pour aboutir à un final collectif qui mise sur la surprise et l’écart.
| Élément | Rôle |
|---|---|
| Michel Lopez | Metteur en scène, initiateur du thème |
| 24 professeurs-chorégraphes | Créateurs des numéros individuels |
| Stage Darc | Mise en commun et finalisation |
À Châteauroux, « Fantasmagoria » se présente donc comme une promesse : celle d’un spectacle final qui ose la démesure et l’étrangeté, tout en reposant sur une mécanique collective rodée, des lettres de printemps aux liaisons de dernière minute.