Après un été hors-norme qui a vu partir en fumée près de 100 000 hectares d'espaces naturels et de forêts, l'État veut accentuer la prévention pour éviter que les feux ne reprennent le dessus dans les mois et années à venir. Ce vendredi 18 septembre, le ministre de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, s'est rendu sur le plateau pédagogique dédié aux Obligations légales de débroussaillement (OLD), installé au-dessus du centre de formation départemental des pompiers des Bouches‑du‑Rhône.
Un parcours pédagogique pour sensibiliser
Le site se présente sous la forme d'un sentier structuré par des panneaux explicatifs et des ateliers pratiques, au milieu d'une pinède. Objectif affiché : rendre plus lisibles des règles que beaucoup jugent complexes et, surtout, convaincre les propriétaires de la nécessité de réduire la masse combustible autour des constructions.
Le ministre n'a pas caché son inquiétude quant aux conséquences du laxisme :
« Neuf habitations sur dix qui ont été détruites cet été l’ont été parce qu’elles n’étaient pas ou peu débroussaillées ».
Parmi les intervenants locaux, Laurent Vélasco, responsable du service DFCI (défense des forêts contre l'incendie) des Bouches‑du‑Rhône pour l'Office national des forêts (ONF), a été tout aussi clair : le respect des OLD est aujourd'hui insuffisant au regard du risque, et l'effort demandé reste à faire.
Des obligations techniques et parfois difficiles à lire
Les OLD sont définies par des arrêtés préfectoraux et visent à créer une ceinture protectrice autour des habitations, chantiers et installations. Elles imposent, sous certaines conditions, des travaux de débroussaillement notamment pour les terrains situés à proximité des bois et forêts.
Le ministre a reconnu la technicité des textes et leurs difficultés d'interprétation pour les propriétaires. Il a aussi pointé des freins réels, financiers ou « psychologiques », qui limitent la mise en oeuvre des mesures. Pour tenter de lever ces obstacles, une mission parlementaire, lancée le 12 août par le Premier ministre Sébastien Lecornu, travaille actuellement et doit rendre ses conclusions le 21 septembre.
Ce que disent les règles (rappel pratique)
Sans entrer dans le détail de chaque arrêté local, le principe général appliqué dans de nombreux départements peut se résumer ainsi :
- Qui : les propriétaires de terrains proches de bois ou forêts ;
- Où : terrains situés à moins de 200 mètres des bois et forêts ;
- Profondeur : débroussaillement obligatoire sur une bande minimale de 50 mètres à partir de l'habitation, pouvant s'étendre sur des parcelles voisines.
Ces éléments peuvent varier selon l'arrêté préfectoral local : le contenu, l'étendue et les modalités d'exécution sont fixés au cas par cas.
| Élément | Exigence mentionnée |
|---|---|
| Distance à la forêt | 200 m (seuil d'application) |
| Profondeur minimale | 50 m depuis l'habitation |
| Responsabilité | Propriétaire du terrain (peut concerner parcelle voisine) |
Vers une meilleure lisibilité et des solutions adaptées
Les travaux d'information menés au plateau pédagogique s'inscrivent donc dans une logique plus large : clarifier les textes, accompagner les propriétaires qui hésitent, et proposer des réponses aux obstacles financiers. La mission parlementaire, selon le ministre, a déjà commencé à « formuler des propositions » et a reçu le contrôleur général pour dresser un état des lieux plus précis.
Pour les services locaux, la question est double : comment obliger et contrôler, mais aussi comment aider techniquement et financièrement des foyers qui ne peuvent pas assumer seuls le coût des travaux. Dans un département exposé et densément habité comme les Bouches‑du‑Rhône, la prévention ne se réduit pas à un affichage : elle passe par des moyens humains et financiers, et par une pédagogie renouvelée.
Que peuvent faire les habitants dès maintenant ?
- Se renseigner auprès de la préfecture ou de la mairie sur l'arrêté applicable à leur commune ;
- Consulter le service DFCI ou l'ONF pour des conseils techniques ;
- Vérifier l'état des abords de leur habitation et, le cas échéant, planifier des travaux de débroussaillement en priorisant les zones proches de la maison ;
- Se rapprocher des dispositifs d'aides locales pour alléger le coût des interventions.
À Marseille et dans les communes voisines, la mémoire des feux récents est encore vive. La moindre parcelle mal entretenue peut, par conditions sèches et ventées, devenir un vecteur de propagation dramatique. Il ne s'agit pas d'une contrainte administrative abstraite : c'est une mesure concrète pour protéger des vies et des biens au cœur de notre territoire méditerranéen.
Franck Barbieri, correspondant à Marseille