Une équipe de l’Office national des forêts (ONF) a déployé cet été en forêt de Rambouillet un protocole destiné à mieux comprendre les relations entre la production de fruits par les arbres et les effectifs de petits mammifères, notamment les mulots. L’étude, pilotée par Laurent Tillon, responsable national de la biodiversité à l’ONF, vise à tester l’hypothèse selon laquelle les arbres pourraient moduler la production de glands en réponse aux variations des populations de rongeurs.
Un protocole de terrain pour confronter une hypothèse
Sur le terrain, l’enquête repose sur un inventaire par piégeage. « L’une des hypothèses est que les arbres produisent tantôt moins de glands mettant la population de rongeurs en disette alimentaire pour qu’elle diminue, puis l’année suivante, davantage de glands pour qu’ils puissent avoir la chance de germer », explique Laurent Tillon.
« L’une des hypothèses est que les arbres produisent tantôt moins de glands mettant la population de rongeurs en disette alimentaire pour qu’elle diminue, puis l’année suivante, davantage de glands pour qu’ils puissent avoir la chance de germer. » — Laurent Tillon, ONF
Concrètement, le chercheur a installé deux fois 64 pièges dans deux massifs distincts : l’un en forêt « classique », l’autre dans une réserve intégrale en libre évolution. Les cages‑pièges, garnies de légumes et de graines, ont été relevées fin août 2026 après quatre jours de relevé, permettant de compter et d’identifier les petits mammifères capturés.
Un programme national étendu
Ce dispositif s’inscrit dans un programme de surveillance de la biodiversité qui couvre environ une centaine de forêts en France. En 2026, l’échelle de l’étude s’est élargie : en plus des petits mammifères, les inventaires portent sur oiseaux, insectes, amphibiens, chauves‑souris et reptiles. L’objectif déclaré est d’observer l’évolution de ces populations au regard du changement climatique.
Les observations antérieures de M. Tillon ont aussi orienté le travail actuel. Il signale des constats préoccupants sur les mares de forêt, en particulier une situation « catastrophique » observée en 2022‑2023. La sécheresse du printemps a encore affecté certaines zones en 2026, « à la mi‑juin, à cause de la sécheresse, certaines [mares] étaient dans une situation critique à l’émergence des larves », précise le responsable.
Ce que le protocole permet d’évaluer
- Mesurer l’abondance et la composition des populations de petits mammifères (mulots et autres rongeurs) sur deux types de gestion forestière.
- Relier ces effectifs à la production de fruits (glands) et tester l’hypothèse d’une réponse adaptative des arbres.
- Inscrire ces données dans un suivi multi‑taxons pour évaluer les effets conjoints du climat et des pratiques de gestion sur la biodiversité.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Pièges installés | 2 × 64 pièges (deux massifs distincts) |
| Durée de relevé | Quatre jours (relevés fin août 2026) |
| Couverture du programme | Environ 100 forêts en France |
La comparaison entre une forêt gérée classiquement et une réserve intégrale doit permettre d’évaluer l’influence des pratiques de gestion sur la dynamique des populations et sur les interactions trophiques. Une réserve en libre évolution, où l’intervention humaine est minimale, offre un point de comparaison utile pour isoler des effets liés à la gestion.
Enjeux locaux et perspectives
Pour les Yvelines, ces travaux apportent des éléments concrets sur la résilience des écosystèmes forestiers face aux aléas climatiques. Comprendre si les arbres ajustent leur production de graines en réponse aux rongeurs a des implications directes pour la régénération naturelle des chênes et des hêtres, et donc pour la composition future des massifs.
Les données collectées dans le cadre de ce programme national serviront à alimenter des séries temporelles indispensables à l’évaluation des tendances. Les résultats permettront d’orienter, si nécessaire, des mesures de gestion qui favorisent la diversité et la pérennité des peuplements forestiers.
Sur le plan pratique, l’ONF précise que le réseau de suivi se poursuivra et que d’autres campagnes de relevés auront lieu pour affiner les corrélations entre production de fruits, pression des consommateurs et conditions climatiques.