À la tombée de la nuit, au bord du ruisseau du Vallon de l’Urugne, près de Banassac (Lozère), une équipe de naturalistes installe des filets entre les arbres et au‑dessus de l’eau. Objectif : capturer des chauves‑souris pour les identifier, actualiser les relevés et, pour certains individus, poser des émetteurs radio afin de retrouver leurs gîtes de reproduction.
Un site riche et stratégique pour l’étude des chiroptères
Le Vallon de l’Urugne est classé site Natura 2000 et constitue, selon les scientifiques présents, un territoire particulièrement propice aux chauves‑souris. Les allées forestières qui le parcourent forment de véritables « autoroutes » de vol entre les secteurs de chasse, tandis que le ruisseau concentre les insectes, principale ressource alimentaire des chiroptères.
Les équipes mènent ainsi des opérations de capture ciblées, combinant connaissance du terrain et techniques de terrain : choix des passages, positionnement des filets et relevés systématiques. En une trentaine de minutes lors d’une récente soirée, cinq individus appartenant à trois espèces ont été capturés, dont un Petit rhinolophe et un Murin à oreilles échancrées.
« Le but de cette soirée, c'est de capturer des chauves‑souris pour faire un inventaire des espèces qui sont présentes sur le site », explique Manick Vigouroux, chargée de mission Natura 2000 à l’association COPAGE.
Inventaire et suivi : deux volets complémentaires
Les opérations visent deux finalités scientifiques complémentaires. Premièrement, établir un inventaire actualisé des espèces présentes et comparer ces données avec des relevés antérieurs. Deuxièmement, localiser de nouvelles colonies de reproduction grâce au marquage et aux émetteurs posés sur certains individus, ce qui permet de mieux cibler les actions de protection des gîtes et des habitats de chasse.
Les informations récoltées servent à orienter les mesures de gestion sur le site Natura 2000 et à alerter, le cas échéant, sur des évolutions des populations locales.
Méthodologie de terrain
La capture se fait à l’aide de filets déployés à des endroits choisis pour leur attractivité : passages forestiers, bords de ruisseau ou franges boisées. Après capture, les animaux sont manipulés par des personnes formées, identifiés puis remis en liberté lorsque les prélèvements nécessaires ont été effectués.
- Durée d'observation : nocturne, au coucher du soleil
- Technique : filets et travail d’identification morphologique
- But : inventaire et localisation de colonies via émetteurs
Le contexte régional : une diversité notable
Le secteur concerné fait partie d’un ensemble plus vaste où 27 espèces de chauves‑souris ont été recensées, un chiffre élevé pour un territoire départemental. Cette richesse confère une responsabilité particulière aux gestionnaires du site et aux acteurs locaux pour préserver les habitats favorables, notamment les milieux riverains, les boisements et les structures de gîtes (fentes de rochers, bâtiments anciens, etc.).
| Élément | Rôle |
|---|---|
| Allées forestières | Couloirs de déplacement |
| Ruisseau | Concentration d'insectes, source de nourriture |
| Filets | Capture pour identification et marquage |
Impacts et perspectives pour la conservation
Localiser précisément les colonies de reproduction permet de mieux protéger les gîtes lors d’opérations de gestion ou de travaux et d’éviter des perturbations en période sensible. Les données issues de ces suivis peuvent aussi alimenter des programmes régionaux ou nationaux de suivi des populations de chiroptères.
Les acteurs impliqués — associations naturalistes, chargés de mission Natura 2000 et bénévoles — insistent sur la nécessité d’un suivi régulier pour détecter des variations de distribution ou d’abondance, qui pourraient signaler des pressions sur les habitats (modifications hydrologiques, pratiques sylvicoles, perturbations nocturnes…) ou des changements liés au climat.
Sur le terrain, ces sorties nocturnes sont aussi l’occasion de sensibiliser le grand public et les élus locaux à la présence et au rôle des chauves‑souris dans les écosystèmes : régulation des populations d'insectes, indicateurs de la qualité des habitats, et composante d'une biodiversité locale riche.
À court terme, les équipes poursuivront les inventaires sur le site du Vallon de l’Urugne afin de comparer les données avec les relevés antérieurs et, si besoin, ajuster les mesures de conservation.