Un parcours amputé par la sécheresse
Au volant de sa voiturette, Jacques Dupuy, propriétaire du golf d'Embats à Auch, parcourt un à un les 18 trous de son domaine. Ce qui frappe à première vue, c’est le contraste : là où, au printemps, la prairie offrait un vert homogène, le parcours présente désormais de vastes zones jaunes et des parties d'herbe littéralement brûlées par le soleil.
Le golf s'étend sur une propriété totale de 48 hectares, dont environ une dizaine dédiés au jeu. Installé sur une prairie naturelle et non sur un gazon semé, le lieu souffre particulièrement de l'intensité et de l'avance de la période sèche observée cet été. « On a toujours des étés avec une période très sèche, mais la différence, c’est que cette année, ça a commencé plus tôt », explique le propriétaire.
Arrosage limité, priorités et restrictions
Pour tenter de préserver l'essentiel, un arrosage est maintenu mais uniquement sur les greens, les zones autour des trous où la qualité du gazon conditionne la pratique. L'eau est distribuée la nuit, conformément aux restrictions en vigueur, et la pression du réseau ne permet pas de couvrir toutes les surfaces.
Jacques Dupuy précise la stratégie : la priorité va aux greens car « si les greens sont cramés, c’est foutu. Après, les refaire, ça coûte une fortune ». Les départs, eux, ne sont plus arrosés, ce qui modifie sensiblement les conditions de jeu et l'esthétique du parcours.
Fréquentation en baisse et conséquences économiques
La conséquence la plus tangible pour le club reste la fréquentation. Selon le propriétaire,
« La plus grosse conséquence, c’est que les gens viennent moins »: des clients qui hésitent à réserver face à un parcours moins attrayant, des joueurs locaux qui changent leurs habitudes et des visiteurs qui reportent ou annulent leurs parties.
Cette régression d'activité touche non seulement les recettes des green-fees, mais aussi l'ensemble des services liés au golf (location de matériel, restauration, enseignement). Sans solution miracle à court terme, la gestion consiste à « faire avec en attendant la pluie ».
Des limites techniques et financières
Le choix d'exploiter une prairie naturelle, s'il présente des avantages écologiques et paysagers, contraint aussi les gestionnaires en période de sécheresse : le système racinaire et l'implantation de l'herbe ne se prêtent pas facilement à une reprise rapide après de longues périodes sans eau. La rénovation partielle des greens ou la re-semmence représentent des coûts élevés que le propriétaire souhaite éviter si possible.
- Surface du domaine : 48 hectares
- Surface dédiée au jeu : environ 10 hectares
- Arrosage ciblé : uniquement les greens, la nuit
| Élément | Situation |
|---|---|
| Type de gazon | Prairie naturelle |
| Arrosage | Limité aux greens, réalisé la nuit |
| Fréquentation | En baisse (témoignage du propriétaire) |
Un symptôme local d'un phénomène plus large
À Auch, le cas du golf d'Embats illustre à l'échelle locale les effets déjà régulièrement signalés de l'accentuation des périodes de sécheresse et des vagues de chaleur : adaptation des pratiques, arbitrages entre usages de l'eau, coûts supplémentaires pour les exploitants et modification des loisirs. Les restrictions d'arrosage, visant à préserver les ressources, obligent les gestionnaires à hiérarchiser les priorités, au risque de dégrader l'offre de services.
Pour l'heure, la stratégie du propriétaire est d'attendre un retour de la pluie tout en limitant les dépenses lourdes. Mais l'expérience de cet été 2026 pose la question de la résilience des équipements de loisirs face aux variations climatiques et de l'accompagnement possible par les collectivités ou les dispositifs techniques (réseaux d'eau alternatifs, aides à la rénovation).
À Auch, comme ailleurs, la saison 2026 restera marquée par un été précoce et intense, dont les conséquences dépassent le seul cadre environnemental : elles irriguent le rapport au temps libre, la santé économique des structures locales et les choix d'aménagement à venir.