Un projet d’agrivoltaïsme à cheval entre Saint-Hilaire-de-Lusignan et Lusignan-Petit, au nord-ouest d’Agen, provoque des tensions dans ces petites communes du Lot-et-Garonne. Conduit par la société bordelaise Enerparc Solaire en partenariat avec deux exploitants locaux, le dossier prévoit l’installation de panneaux photovoltaïques sur des parcelles agricoles jusqu’ici préservées de toute installation visible.
Une annonce découverte « presque par hasard »
Plusieurs riverains affirment avoir appris le projet de façon imprévue. Parmi eux, une habitante identifiée sous le prénom Anne‑Marie dit tenir à son « havre de paix » : la maison familiale, transmise depuis trois générations, se situe à proximité du périmètre étudié. L’annonce a suscité inquiétude et colère au sein d’un voisinage attaché au paysage et au calme de la campagne.
« Ça va se passer juste derrière ma maison, à 150 mètres de ma piscine »
Face à la mobilisation, des riverains préparent la création d’un collectif pour s’opposer au projet ou, du moins, obtenir des réponses et garanties. Les inquiétudes portent principalement sur l’impact paysager, les nuisances potentielles et la préservation des terres agricoles.
Les contours du projet
Le périmètre d’étude initial couvrait 25 hectares, puis a été réduit à 17 hectares, répartis entre les deux communes. Parmi ces 17 ha, 8,35 hectares se trouvent sur la commune de Saint‑Hilaire‑de‑Lusignan. La réglementation impose que la surface effectivement couverte par des panneaux ne dépasse pas 40 % du périmètre clôturé, ce qui signifie qu’au maximum 3,3 hectares pourraient être équipés de panneaux sur la parcelle saint‑hilaireine concernée.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Périmètre d'étude initial | 25 ha |
| Périmètre retenu | 17 ha |
| Surface à Saint‑Hilaire‑de‑Lusignan | 8,35 ha |
| Couverture maximale de panneaux (règle 40 %) | ≈ 3,3 ha |
Arguments des promoteurs et des opposants
Les porteurs du projet mettent en avant la visée agricole de l’opération : l’agrivoltaïsme est présenté comme une manière de concilier production d’énergie renouvelable et maintien d’activités agricoles, par exemple en protégeant certaines cultures ou en diversifiant les revenus des exploitants.
Les opposants, eux, s’alarment d’un changement de paysage et d’un risque de dévalorisation de la qualité de vie. Le fait que des panneaux puissent être installés à proximité immédiate d’habitations — la résidente évoque une distance d’environ 150 mètres — alimente la contestation. Les riverains réclament transparence, information et garanties sur le dimensionnement du projet, les aménagements paysagers, et les modalités de gestion des terres après installation.
- Préoccupations des habitants : impact visuel, nuisances, préservation des terres agricoles, procédures d’information.
- Arguments du porteur : complémentarité agriculture/énergie, soutien aux exploitations locales, respect des contraintes réglementaires.
- Points techniques : partage du périmètre entre deux exploitants, règle de couverture limitée à 40 %.
Quelle suite pour le dossier ?
Le processus d’instruction d’un projet agrivoltaïque comprend plusieurs étapes : étude d’impact, consultations, autorisations administratives et, le cas échéant, enquête publique. Les opposants entendent peser à ces différentes étapes en se structurant collectivement. De leur côté, les porteurs du projet devraient formaliser les éléments techniques et environnementaux pour répondre aux exigences réglementaires et aux questions des riverains.
À ce stade, aucune décision finale n’est mentionnée dans les éléments publics rendus disponibles aux habitants : le périmètre a été réduit, mais la présence d’un débat local intense laisse présager que la procédure d’instruction devra prendre en compte les demandes de la population.
Enjeux locaux et pratiques
Dans un contexte où les territoires cherchent à développer les énergies renouvelables tout en protégeant les paysages et l’activité agricole, ce type de dossier cristallise des arbitrages difficiles. Pour les habitants concernés :
- se renseigner auprès de la mairie et du porteur de projet sur les documents d’étude fournis ;
- participer aux réunions publiques et, si nécessaire, former un collectif pour représenter leurs observations lors de l’instruction ;
- suivre les phases d’enquête et les modalités de recours administratifs.
Le débat de Saint‑Hilaire‑de‑Lusignan illustre la difficulté d’articuler transition énergétique et acceptabilité locale, alors que chaque hectare compte pour l’identité et l’économie des petites communes du Lot‑et‑Garonne.