Un procès qui polarise la relation entre agriculture et environnement
Le jeudi 3 septembre, Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale dans le Gers, doit comparaître devant le tribunal judiciaire d'Auch pour « provocation publique non suivie d'effet à commettre un crime ou un délit ». La procédure fait suite à une phrase prononcée en novembre dernier lors du congrès de son syndicat dans la ville :
« Les écolos, nous devons leur faire la peau. »
Les Amis de la Terre du Gers indiquent avoir déposé plainte et s'être portés partie civile. Selon leur communiqué, d'autres associations et des élus se sont joints à eux et appellent à une mobilisation le 3 septembre à 12 h sur la place de la Libération à Auch pour soutenir les plaignants et « l'agriculture paysanne ».
Les motifs de la plainte et les enjeux locaux
Le communiqué des Amis de la Terre du Gers relie cette affaire à une tension plus large : la responsabilisation, selon eux erronée, des défenseurs de l'environnement par certains dirigeants syndicaux, qui font d'eux les boucs émissaires des difficultés rencontrées par une partie du monde agricole. Ils dénoncent également le maintien d'un modèle agroindustriel fondé, selon eux, sur l'usage intensif des pesticides, des pratiques de culture et d'élevage intensives et une utilisation de l'eau qui ne tiendrait pas compte des enjeux climatiques et de la biodiversité.
Le communiqué critique en particulier la réautorisation de certaines substances, citant la loi dite « Duplomb » et l'adoption récente, selon eux, de mesures favorisant le retour des néonicotinoïdes. Les signataires estiment qu'une réorientation des politiques agricoles, notamment de la PAC, est indispensable pour cesser de subventionner l'agriculture productiviste et pour accompagner des pratiques respectueuses de l'eau, des sols et des écosystèmes.
Un appel à mobilisation et ses objectifs
Les Amis de la Terre du Gers demandent la mobilisation de la population locale le jour de l'audience. Le rassemblement annoncé se veut un soutien aux plaignants et « à l'agriculture paysanne ». Le communiqué met en avant la nécessité de distinguer les responsables des difficultés agricoles — qu'ils imputent aux systèmes agroindustriels et aux lobbys de la chimie — des associations écologistes qui, selon eux, plaident pour des alternatives aux pratiques actuelles.
Contexte : crispations récurrentes entre syndicats et écologistes
Les tensions entre certaines organisations agricoles et les défenseurs de l'environnement ne sont pas nouvelles dans le Gers et ailleurs en France. Elles portent tant sur les pratiques culturales et l'usage des produits phytosanitaires que sur le modèle économique qui conditionne la rémunération des agriculteurs. Dans ce dossier, le débat public navigue entre préoccupations sanitaires, impératifs économiques et questions de liberté d'expression et de sécurité publique lorsque des paroles sont perçues comme des menaces.
Ce que demande le collectif plaignant
- Reconnaissance de la gravité des propos tenus et sanctions éventuelles le cas échéant ;
- Soutien visible à l'agriculture paysanne et aux pratiques agricoles durables ;
- Réorientation des politiques publiques pour réduire la dépendance aux pesticides et limiter les modèles productivistes.
Calendrier et informations pratiques
Le rendez-vous est fixé le 3 septembre à 12 h, place de la Libération, à Auch, première heure de la journée d'audience. Le tribunal judiciaire accueillera la comparution de l'intéressé au cours de la journée. Les Amis de la Terre du Gers et les autres organisations impliquées ont appelé au calme et à la mobilisation citoyenne.
Questions ouvertes
Au-delà du cas individuel, l'affaire pose plusieurs questions locales et nationales : comment concilier la liberté d'expression et la répression des propos menaçants ? Quelle place pour la contestation sociale dans des professions en difficulté ? Et, plus largement, quelle trajectoire pour une agriculture qui doit à la fois faire face aux réalités économiques et s'adapter aux limites environnementales ?
| Date | Événement | Lieu |
|---|---|---|
| Novembre (année précédente) | Déclaration incriminée lors du congrès de la Coordination rurale | Auch |
| 3 septembre | Comparution pour « provocation publique non suivie d'effet » et rassemblement à midi | Tribunal judiciaire / place de la Libération, Auch |
La journée du 3 septembre, à Auch, permettra d'éclairer tant le volet judiciaire de l'affaire que la portée politique et sociale du conflit entre ces acteurs locaux. Les instances judiciaires trancheront sur l'infraction reprochée, tandis que la mobilisation témoignera de l'état des débats dans le département.