Située à Rivière‑Salée, l’École de la Deuxième Chance (E2C) accueille chaque année environ une centaine de jeunes âgés de 16 à 30 ans, sortis du système scolaire et souvent dépourvus de qualification. Depuis la rentrée, la structure constate une augmentation significative des absences : nombre de stagiaires ne peuvent tout simplement pas rejoindre l’établissement, faute de transports en commun adaptés.
Un frein logistique qui pèse sur des trajectoires fragiles
La directrice de l’antenne E2C Martinique Sud, Jill Octavia, tire la sonnette d’alarme. Selon elle, « 40% des jeunes qui devaient rentrer à l'École de la Deuxième Chance Martinique Sud n'ont pas pu accéder au site ». Elle précise encore : « Sur 42 stagiaires qui devaient continuer leur parcours, nous n'en avons reçu que 12. »
« On a des jeunes qui ont disparu, qui se sont découragés parce qu'ils ont suivi un parcours pendant de longs mois. Ils se sentaient prêts. » — Jill Octavia, directrice de l’E2C Martinique Sud
Ces chiffres traduisent une réalité concrète : ceux qui parviennent à se rendre à l’école sont majoritairement des jeunes dont les parents peuvent les déposer ou qui possèdent un véhicule. Or l’E2C cible principalement des jeunes issus de milieux modestes, pour qui le service public de transports est souvent la seule option viable.
Conséquences : décrochage, emplois interrompus, parcours brisés
La structure met en garde contre un double risque. D’une part, des stagiaires en cours de formation peuvent perdre le fil et décrocher, malgré des mois d’efforts. D’autre part, des jeunes qui avaient terminé leur parcours et trouvé un emploi depuis juillet se retrouvent à nouveau empêchés d’exercer. L’arrêt ou l’interruption d’un trajet d’accès à l’emploi fragilise durablement des trajectoires qui commencent tout juste à se consolider.
Chiffres clairs pour une situation préoccupante
| Indicateur | Nombre |
|---|---|
| Stagiaires attendus | 42 |
| Stagiaires présents | 12 |
| Taux d'absence (selon la direction) | 40% |
Ces éléments, fournis par la direction, doivent être rapprochés du profil des publics accueillis : jeunes sans qualification, souvent dépourvus de permis ou de véhicule, pour qui les transports en commun constituent un filet de sécurité essentiel.
Solutions informelles et précaires
Privés de dessertes suffisantes, certains stagiaires tentent des solutions de fortune : faire du stop, recourir à des plateformes de covoiturage ou solliciter l’aide de proches. Ces recours ponctuels ne remplacent pas un service public fiable et régulier, et ils exposent les jeunes à des situations de vulnérabilité supplémentaires — isolement, retards, ou renoncement.
- Recours au stop ou au covoiturage improvisé.
- Dépendance à la disponibilité d’un proche équipé d’un véhicule.
- Risque de rupture définitive des parcours de formation et d’insertion.
Un enjeu local et collectif
La problématique dépasse l’E2C : elle interroge l’accessibilité des services publics et l’équité des chances sur l’ensemble du territoire. Pour des jeunes déjà éloignés de l’emploi et de la qualification, l’absence d’un réseau de transport adapté vient amplifier l’exclusion sociale et professionnelle.
À court terme, la situation appelle des réponses pratiques — ajustements de lignes, navettes dédiées, ou partenariats temporaires avec des acteurs locaux — mais aussi une réflexion plus large sur la coordination entre acteurs de la formation, collectivités et opérateurs de transport.
Que peuvent attendre les familles et les stagiaires ?
Pour l’heure, la direction de l’E2C signale la gravité des conséquences et tente d’identifier des solutions ponctuelles pour limiter le décrochage. Les familles et les jeunes concernés sont invités à contacter l’établissement pour connaître les dispositifs d’aide existants et les aménagements possibles. Au‑delà, les élus locaux et les autorités compétentes en matière de transport sont interpellés pour trouver des mesures durables.
En l’absence d’une action rapide, c’est une part importante d’une génération de jeunes martiniquais déjà vulnérable qui risque de voir ses perspectives professionnelles compromises par un problème d’organisation des mobilités.