Trente ans d'itinérance culturelle prennent fin dans les Alpes‑de‑Haute‑Provence. L'association ADAMR – Cinéma de Pays, créée pour rapprocher le septième art des villages et des petites communes du département, a officiellement arrêté ses activités de tournée, a annoncé son fondateur et président d'honneur, Jean‑Marie Cayet.
Un modèle associatif essoufflé
Implanté depuis 1996, le réseau proposait des projections dans plus d'une trentaine de communes. Son arrêt marque la disparition d'un maillage culturel essentiel pour des territoires parfois éloignés des salles de cinéma traditionnelles. Selon Jean‑Marie Cayet, la structure a souffert d'une conjonction de facteurs qui ont conduit à ce dénouement.
La crise sanitaire liée au Covid‑19 a provoqué une baisse durable de la fréquentation et un affaiblissement du bénévolat. Ces difficultés, communes au secteur culturel, se sont ajoutées à des choix internes de gouvernance et de gestion qui, selon le fondateur, ont « précipité » la fin de l'aventure.
« Une nouvelle orientation a alors été prise, avec une approche davantage entrepreneuriale que véritablement associative, ainsi que des choix en matière de fonctionnement et de recrutement qui, malheureusement, ont contribué à fragiliser progressivement la structure et ses finances »,
a-t-il expliqué, exprimant sa tristesse devant la disparition d'une « merveilleuse aventure humaine et cinématographique ».
Des conséquences humaines immédiates
Au‑delà de la perte culturelle, la cessation des tournées a un impact concret pour les salariés et les bénévoles. Le personnel, qui dépendait de la structure pour son emploi, se retrouve contraint de chercher de nouvelles opportunités dans un contexte économique difficile. Le fondateur a souligné la nécessité de ne pas oublier leur engagement et leur travail, acquis au fil de décennies d'activité.
- Durée d'activité : depuis 1996
- Couverture : plus d'une trentaine de communes des Alpes‑de‑Haute‑Provence
- Causes invoquées : crise du Covid‑19, baisse de fréquentation, affaiblissement du bénévolat, orientations de gestion
Une transition manquée selon le fondateur
Il y a trois ans, la direction a été transférée au vice‑président de l'association dans l'intention de renouveler la structure. Mais cette transition, marquée par une orientation jugée plus « entrepreneuriale », n'a pas permis de stabiliser la situation financière ni de relancer la dynamique bénévole. Jean‑Marie Cayet pointe des « choix en matière de fonctionnement et de recrutement » qui ont, selon lui, fragilisé l'association.
Le récit de cette lente érosion souligne la fragilité des réseaux culturels ruraux lorsqu'ils sont confrontés à des mutations organisationnelles rapides et à des chocs externes comme la pandémie.
Que va‑t‑il advenir de la programmation locale ?
La disparition de la tournée soulève la question de la continuité de l'offre cinématographique dans les communes concernées. Plusieurs dispositifs locaux — salles municipales, associations culturelles, festivals — prennent parfois le relais, mais ils n'ont pas forcément la même capacité d'action ni la même portée territoriale que le réseau itinérant.
Pour les habitants des villages, l'absence de projections régulières risque d'accentuer l'éloignement culturel et de réduire les occasions de rassemblement collectif autour d'événements populaires et accessibles.
Temps des remerciements et mémoire
Malgré la douleur du constat, Jean‑Marie Cayet privilégie la reconnaissance. Il rend hommage aux bénévoles, aux élus locaux et aux partenaires publics et privés qui ont rendu possible la tournée pendant trois décennies. Ces remerciements dessinent le visage d'une aventure collective, portée par des acteurs de terrain souvent invisibles mais indispensables.
| Élément | Information |
|---|---|
| Nom de l'association | ADAMR – Cinéma de Pays |
| Année de création | 1996 |
| Zone d'action | Plus d'une trentaine de communes des Alpes‑de‑Haute‑Provence |
La fin de Cinéma de Pays laisse un vide qui pose la question de la résilience des propositions culturelles en zone rurale et du rôle des politiques publiques et des collectivités pour maintenir un accès à la culture. Pour de nombreuses communes bas‑alpines, le défi sera de trouver des relais pérennes pour que le cinéma, vecteur de lien social, continue de circuler.
À court terme, il reviendra aux élus locaux, aux associations et aux partenaires culturels de dialoguer pour envisager des solutions : reconversion des salariés, soutien aux initiatives locales, ou création de nouveaux projets collectifs capables de garder vivante l'habitude des projections dans les villages.