La baie de Somme, l’un des sites naturels phares du département de la Somme, voit affluer chaque été des centaines de visiteurs désireux d’apercevoir les colonies de phoques installées sur les bancs de sable. Mais alors que certaines périodes de l’année sont cruciales pour la reproduction et le repos de ces mammifères marins, associations et gestionnaires s’alarment des nuisances liées aux comportements inappropriés de quelques usagers.
Des femelles et des nouveau‑nés particulièrement vulnérables
Les spécialistes rappellent que l’été correspond à une phase sensible : les femelles mettent bas et élèvent leurs petits, qui dépendent totalement de la mère pendant leurs premières semaines. À marée haute, les phoques chassent ; à marée basse, ils viennent se reposer sur les bancs de sable. Toute perturbation à ce moment‑là peut provoquer un départ précipité vers l’eau, mettant en danger le jeune, qui risque d’être séparé de sa mère.
Picardie Nature, association active sur le terrain, organise des actions de sensibilisation et distribue des outils pédagogiques aux visiteurs. Parmi ces supports figure un marque‑page équipé d’une « œillère » : l’observateur ne doit voir le phoque que par l’ouverture ; si l’animal n’est pas entièrement visible à travers ce trou, cela signifie que l’observateur est trop proche.
« Ici, en baie de Somme, on a malheureusement pas mal de soucis avec les dérangements humains, par tout type d'activité, par du professionnel ou du touriste », explique Chloé Druaux, chargée de recherche sur les mammifères marins au sein de Picardie Nature.
Chaleur et impatience : un cocktail propice aux incivilités
Selon les bénévoles et les agents du parc, la période de fortes chaleurs accentue les comportements à risque : certains visiteurs, pressés ou mal informés, s’approchent trop près pour obtenir la « photo » immédiate. Chloé Druaux relève que lorsque les températures sont plus basses, les personnes ont tendance à prendre davantage le temps d’observer et à respecter les règles.
Face à ces constats, le Parc naturel marin des Estuaires de Picardie et Picardie Nature ont adopté un protocole standardisé de protection et de médiation, destiné à encadrer les observations et limiter les perturbations. Les mesures combinent information, balisage, présence humaine et, le cas échéant, interventions pour éloigner les plus négligents.
Consignes simples pour observer sans nuire
Les professionnels insistent sur des règles élémentaires que tout visiteur doit respecter :
- Garder une distance suffisante des animaux et utiliser des jumelles ou une œillère pour observer.
- Ne pas s’approcher des bancs de sable à marée basse lorsque les phoques sont au repos.
- Éviter les bruits, mouvements brusques et la présence prolongée à proximité des femelles et des jeunes.
- Suivre les consignes des agents du parc et des associations présentes sur le terrain.
Ces gestes simples visent à préserver le cycle naturel des phoques et à réduire les risques de séparation mère‑jeune, situation qui peut entraîner la mort des nouveau‑nés.
| Situation | Comportement recommandé |
|---|---|
| Observation à marée basse | Rester à distance, privilégier jumelles/œillère, ne pas s’approcher |
| Femelle avec jeune | Éviter tout dérangement prolongé ; repartir si l’animal s’agite |
| Présence d’agents/volontaires | Suivre leurs instructions et itinéraires balisés |
Un enjeu à la croisée de l’économie touristique et de la préservation
La baie de Somme est un attrait important pour l’économie locale : observation d’oiseaux, promenades en bord de mer et, pour beaucoup, la possibilité d’apercevoir les phoques. Les acteurs du territoire cherchent donc à concilier accueil du public et protection de la biodiversité. La médiation de terrain et les campagnes d’information sont centrales pour éviter que la fréquentation touristique ne se transforme en menace pour la faune.
Pour les collectivités et associations, l’objectif est double : garantir la survie des colonies et proposer une offre touristique durable, respectueuse des équilibres naturels. Dans ce cadre, les conventions entre gestionnaires, associations et professionnels de la visite se révèlent essentielles pour organiser les flux et enseigner les bons réflexes.
En attendant, Picardie Nature et le Parc naturel marin poursuivent leurs actions de sensibilisation tout au long de l’été, rappelant qu’« observer, ce n’est pas déranger » : un principe simple mais déterminant pour la survie des populations de phoques de la baie de Somme.