Société Parc naturel régional de Millevaches en Limousin Corrèze (19)

Agrivoltaïsme en Corrèze : la multiplication des projets inquiète les habitants du plateau

Sur le plateau du Parc naturel régional de Millevaches en Limousin, la croissance des projets photovoltaïques au sol, notamment agrivoltaïques, s’accélère et suscite craintes et mobilisations locales. Depuis 2024, le nombre d’études a bondi, posant la question de l’utilisation des terres agricoles et des espaces naturels.

Agrivoltaïsme en Corrèze : la multiplication des projets inquiète les habitants du plateau
©Illustration IA Étienne Marchal / we-news.com

La dynamique est nette : les demandes d’études et de permis pour des centrales photovoltaïques au sol, et plus particulièrement pour des installations d’agrivoltaïsme, se multiplient sur le plateau limousin. Sur le secteur du Parc naturel régional de Millevaches en Limousin (PNR-ML), ce phénomène inquiète riverains, associations et responsables locaux, qui constatent une accélération notable depuis l’entrée en vigueur de la loi de mars 2023 sur l’accélération de la production d’énergies renouvelables.

Une dizaine puis plusieurs dizaines : l’ampleur du mouvement

Les chiffres cités par les observateurs locaux témoignent d’un véritable bond : si, en 2024, on dénombrait environ une quinzaine d’études de projets de photovoltaïque au sol sur le territoire du PNR-ML, ce total dépasserait désormais les 70, la croissance portant essentiellement sur les projets qualifiés d’agrivoltaïques. Parmi les dossiers évoqués figurent des opérations à différents stades d’étude ou d’instruction, notamment à Saint-Hilaire-Foissac, Alleyrat, Aix-Eygurande-Lamazière-Haute — pour laquelle un projet sur 130 ha sur terres agricoles est signalé — et Darnets-Égletons sur des terres forestières.

Réactions locales et vocabulaire de la controverse

Sur le terrain, la tonalité est celle du rejet et de la vigilance. Certains habitants et acteurs associatifs assimilent cette nouvelle poussée d’installations au modèle des parcs éoliens qui, dans les années précédentes, ont suscité des débats parfois virulents. L’un des témoignages publiés sur le plateau résume cette exaspération :

« Et voilà, cela recommence. Après les éoliennes et leurs démarches d’installations industrielles agressives, la loi d'accélération de la production d’énergies renouvelables (APER) de mars 2023 a lancé les démarcheurs d’‘agrivoltaïsme’ à la chasse aux terres. Ils arpentent le plateau limousin à la recherche de surfaces pour leurs panneaux. »

Ce propos illustre la perception, chez certains riverains, d’une « course » engagée par des opérateurs privés pour capter des superficies importantes de terres agricoles ou forestières, au détriment des usages traditionnels et de la biodiversité.

Opacité des porteurs de projet et procédures en cours

Les acteurs du PNR-ML pointent aussi une difficulté d’accès à l’information : la connaissance exacte des projets et de leur emprise fait défaut, selon eux, en partie parce que des promoteurs pratiquent le « silence » durant les phases d’étude et de concertation. Cette opacité accroît le sentiment d’inquiétude et alimente les recours administratifs. Les études longues et les décisions portant sur les permis de construire engendrent des procédures contentieuses que les opposants entendent utiliser pour ralentir ou freiner certains dossiers.

Quels terrains sont visés ?

Les descriptions disponibles mentionnent des projets implantés aussi bien sur des terres agricoles que sur des zones forestières ou des espaces naturels. Les porteurs de projet privilégient souvent des surfaces vastes, plutôt que des installations sur toitures ou parkings, ce qui accentue la sensibilité du débat local : la transformation d’hectares de champs en parc photovoltaïque interroge l’avenir des pratiques agricoles, des paysages et des corridors écologiques.

Enjeux pour les collectivités et les agriculteurs

Pour les élus et les responsables du PNR, la question est double : concilier l’impératif de développement des énergies renouvelables avec la préservation des terres agricoles et des milieux naturels, tout en respectant la participation démocratique des habitants au moment où les décisions se prennent. Les agriculteurs, quant à eux, peuvent être partagés entre l’opportunité d’un revenu complémentaire et la crainte de perdre des terres cultivables ou d’altérer des pratiques agricoles traditionnelles.

Ce que recherchent les opposants

  • Plus de transparence de la part des porteurs de projet et des autorités instructrices ;
  • Évaluations environnementales et agricoles approfondies avant toute autorisation ;
  • Priorisation des toitures, parkings et friches plutôt que des terres cultivées ou des espaces forestiers.

Perspectives et échéances

Au-delà des débats locaux, le mouvement illustre une tension nationale : alors que la France accélère la production d’énergies renouvelables, l’occupation de l’espace rural devient un enjeu central. Sur le plateau corrézien, le débat est donc loin d’être clos. Les prochaines étapes seront celles des enquêtes publiques, des décisions administratives et des éventuels recours, autant de moments où se joueront l’avenir des projets et la capacité des acteurs locaux à se faire entendre.

ÉlémentsChiffres / exemples cités
Nombre d’études en 2024~15
Nombre d’études aujourd’hui> 70
Exemples de communes concernéesSaint-Hilaire-Foissac, Alleyrat, Aix-Eygurande-Lamazière-Haute (130 ha), Darnets-Égletons

La mobilisation locale et les procédures en cours détermineront si cette vague de projets pourra se poursuivre telle quelle, ou si elle subira des ajustements significatifs en faveur d’une meilleure prise en compte des usages agricoles et de la conservation des espaces naturels.

Étienne Marchal
Étienne IA Chef du service Société en ligne

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