Une balade pour changer le regard sur Beaubreuil
Chaque samedi, à Limoges, des habitants engagés dans un parcours d'insertion professionnelle deviennent guides de leur propre quartier. L'initiative, portée par l'association Alternative Urbaine, propose des balades commentées destinées à faire découvrir au grand public des lieux et des histoires souvent méconnus. Le troisième épisode de cette série estivale, consacré à Beaubreuil, était animé par Dounia Koudy, 38 ans, native du quartier et participante du dispositif.
Des récits personnels pour reprendre confiance
Vêtue d'une combinaison bleu vif, Dounia guide un petit groupe durant environ une heure et demie. À travers anecdotes, remarques et échanges, elle s'attache à révéler ce qu'elle appelle « les voix inattendues » du quartier : jardins familiaux, petites fermes, et autres éléments du paysage urbain qui surprennent et déconstruisent les représentations habituelles.
« J’aime essayer de monter le quartier vers le haut »
Son intervention s'appuie sur des souvenirs personnels et des repères concrets. Elle évoque notamment les jardins familiaux, où, selon un chiffre cité lors de la visite, 58 % des adhérents en 2022 étaient d’origine turque. Plus loin, la découverte de l'ancienne ferme, rue des Alouettes, déclenche surprise et curiosité : des habitants venaient autrefois y chercher du lait et des œufs, rappelle-t-elle — un patrimoine local antérieur à la construction du quartier, en 1972.
Itinéraire et objectifs du dispositif
Le parcours de Beaubreuil s'inscrit dans une série de balades qui ont déjà traversé d'autres quartiers prioritaires de Limoges :
- Les Coutures
- Val de l’Aurence Nord
- Beaubreuil (troisième étape)
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Année de construction de la ferme | 1972 |
| Part des adhérents turcs aux jardins (2022) | 58 % |
| Âge de la guide | 38 ans |
Un outil d'insertion par la valorisation
Le rôle d'éclaireur urbain ne se limite pas à la transmission d'informations patrimoniales : il est conçu comme un levier d'insertion professionnelle. En guidant des visiteurs et en racontant l'histoire de leur quartier, les participants travaillent des compétences utiles à l'emploi — prise de parole, organisation, accueil — et restaurent une confiance parfois fragilisée par les parcours personnels.
Dounia, qui a quitté Beaubreuil il y a cinq ans suite à la démolition de son immeuble, incarne ce double travail d'appropriation et de valorisation. Son désir est explicite : faire découvrir « ce que l’on n’aurait pas imaginé » et montrer un visage du quartier éloigné des clichés. La démarche se veut pragmatique et symbolique à la fois : redonner de la fierté aux habitants tout en proposant un tremplin vers l'emploi.
Un récit local aux enjeux plus larges
À Limoges, comme dans d'autres villes, les quartiers prioritaires font l'objet d'initiatives multiples pour améliorer l'attractivité et les perspectives de leurs résidents. Le dispositif des éclaireurs urbains s'inscrit dans cette logique : il mise sur la parole des habitants pour produire une autre image des territoires et, dans le même temps, outiller des personnes en insertion. Les balades à Beaubreuil montrent que l'histoire locale — fermes anciennes, jardins partagés, mixité culturelle — peut être un vecteur de reconnaissance et d'emploi.
Reste à mesurer dans la durée l'impact concret de ces parcours sur le retour à l'emploi des participants. Pour l'heure, l'expérience permet au moins une restitution positive du quartier et une reprise de confiance pour ceux qui le racontent.