Un « non‑accrochage » qui rend visible l’invisible
À Tournai, le Musée des Beaux‑Arts choisit de montrer l’intégralité de sa collection de sculptures dans l’espace prévu à cet effet : l’Atrium. Près d’une centaine de pièces sont réunies pour former un ensemble volontairement composite, sans hiérarchie d’exposition, sans socles ni piédestaux. Ce parti pris cherche à suspendre les jugements de valeur habituellement imposés par la muséographie et à offrir un regard égalitaire sur chaque œuvre, exposée ou non.
La démarche n’est pas uniquement esthétique : elle s’inscrit dans un travail scientifique et administratif qui mobilise les équipes du musée. Le récolement et la documentation des sculptures, souvent restées dans l’ombre, constituent un impératif pour la conservation et la valorisation du patrimoine confié à l’institution.
« Montrer tout ici, devient une manière de rendre visible ce qui, ailleurs, demeure conservé mais invisible. »
Une présentation sans distinctions de matériau, d’origine ou d’époque
Dans l’Atrium, la couleur des pierres ou des métaux, la provenance, l’époque et l’identité des artistes n’ont pas présidé à l’agencement. Le musée a choisi de mélanger anonymes, héros et célébrités sculptés, pour former une « troupe disparate » où les pièces se confondent dans une même proximité. Il ne s’agit pas d’une mise en scène classiquement chronologique ou thématique, mais d’un ordonnancement qui veut interroger les modes de sélection habituels des institutions muséales.
- Lieu : Atrium du Musée des Beaux‑Arts de Tournai
- Nombre d’œuvres présentées : environ cent
- Approche : exposition intégrale, sans sélection ni mise en valeur hiérarchique
- Objectifs : récolement, documentation, revalorisation des sculptures rarement montrées
Conserver autant qu’exposer : la mission du musée
Le musée rappelle par cette initiative que sa mission première reste la conservation : chaque pièce, qu’elle soit visible du public ou non, mérite le même soin. Exposer l’ensemble des effigies sculptées devient ainsi une manière d’illustrer cette logique inverse à l’habitude muséographique — là où la narration impose souvent des choix fondés sur l’espace, la cohérence scientifique ou la scénographie, la conservation impose une égalité de traitement.
Pour les habitants de Tournai, cette exposition offre une occasion rare de découvrir des œuvres qui, jusque‑là, étaient stockées ou peu accessibles. Elle pose par ailleurs des questions sur la manière dont les collections sont racontées au public : faut‑il prioriser une lisibilité conventionnelle au détriment de la totalité des fonds, ou bien inventer des scénographies qui rendent compte de la richesse et de la diversité des dépôts ?
| Élément | Information |
|---|---|
| Lieu | Atrium du Musée des Beaux‑Arts de Tournai |
| Nombre estimé d’œuvres | ~100 |
| Orientation | Exposition intégrale, sans classement selon époque, matériau ou provenance |
Un geste qui interroge et valorise
Cette mise en visibilité collective peut être lue comme un geste muséal engagé : entrer dans l’Atrium, c’est accepter une forme de « non‑exposition » où la valeur esthétique et historique n’est pas immédiatement hiérarchisée. Pour les conservateurs, il s’agit d’un double travail — scientifique et patrimonial — qui combine l’étude, la conservation et la restitution au public d’un patrimoine souvent méconnu.
Les Auditoires et promeneurs de Tournai y trouveront l’occasion de redécouvrir la sculpture sous un angle inédit, et de mieux comprendre le rôle du musée, non seulement comme lieu d’affichage, mais comme gardien et enquêteur des œuvres qui constituent notre mémoire collective.
La présentation intégrale des sculptures dans l’Atrium confirme enfin que, même dans une petite ville de Wallonie, les institutions culturelles peuvent oser des dispositifs qui questionnent les pratiques muséales et réaffirment la valeur de la conservation.