Une embarcation oubliée reprend vie dans les réserves d’Ath
Depuis plusieurs décennies, un chaland gallo-romain découvert lors du creusement du canal à Pommeroeul en 1975 dormait, partiellement restauré, dans les réserves de l’Espace gallo-romain d’Ath. Longtemps stocké en éléments détachés et peu accessible au public, cet ensemble connaît aujourd’hui une « seconde vie » scientifique grâce au travail d’une étudiante venue spécialement d’Aix‑Marseille.
Judith Montague, étudiante en archéologie marine et subaquatique à l’Université d’Aix‑Marseille, est installée depuis plusieurs mois à Ath afin de reconstituer l’embarcation dite « chaland IV ». Son approche est méthodique : relevés, mesures et observations sont réalisés pour tenter d’assembler les pièces comme autant de pièces d’un puzzle.
« C'est comme un puzzle. On essaye de tout assembler ensemble »,
explique la jeune chercheuse, citée par le musée. Elle est accompagnée de Giulia Boetto, archéologue navale et maritime et directrice de recherche au CNRS, qui souligne que l’examen attentif des éléments permet d’identifier des particularités techniques, jusque‑là peut‑être passées inaperçues lors de la fouille initiale.
Quelles questions pour le chaland IV ?
Pour l’équipe de l’Espace gallo‑romain, l’enjeu est multiple. Aucune étude scientifique n’a encore été publiée à propos de ce chaland ; la recherche vise à préciser :
- la technique de construction employée,
- les solutions mises en œuvre pour assurer l’étanchéité,
- les indices de réparations éventuelles,
- et la façon dont l’embarcation pouvait naviguer.
Parmi les éléments observés figurent de nombreux clous en fer encore visibles sur certaines pièces, ainsi que des procédés d’étanchéité qui intriguent les spécialistes. Selon Giulia Boetto, ces observations permettent déjà de repérer des particularités qui n’avaient pas forcément été documentées lors de la découverte en 1975.
Vers une restitution et un accès au public
La conservatrice de l’Espace gallo‑romain, Florine Blin, considère cette initiative comme une opportunité : l’étude devrait combler un vide scientifique autour du chaland IV et enrichir les connaissances locales sur la navigation et l’artisanat dans la région à l’époque gallo‑romaine. Une restitution en 3D a déjà été réalisée, outil qui permettra à terme de présenter l’embarcation au public même si le mobilier demeure fragmentaire.
| Élément | Statut |
|---|---|
| Découverte | 1975, Pommeroeul (durant le creusement du canal) |
| Conservation | Stockée en pièces détachées dans les réserves de l’Espace gallo‑romain d’Ath |
| Recherche récente | Étude menée par une étudiante d’Aix‑Marseille, accompagnée d’une chercheuse CNRS |
La combinaison d’observations matérielles et d’outils numériques (modélisation 3D) devrait faciliter la communication des résultats et, surtout, la mise en valeur du chaland auprès des visiteurs du musée. Pour l’instant, l’étude est en cours et l’équipe concentre ses efforts sur la reconstitution et l’identification des techniques employées.
À Ath, ce projet rappelle que le territoire recèle des traces tangibles d’un passé lié aux voies d’eau; la redécouverte et l’analyse de ce chaland peuvent contribuer à mieux comprendre les pratiques nautiques et la circulation des biens à l’époque gallo‑romaine dans la région.
L’Espace gallo‑romain se félicite de pouvoir enfin documenter scientifiquement un vestige resté longtemps à l’écart des publications spécialisées. Les prochaines étapes consisteront à finaliser les analyses et à envisager une présentation au public, via des restitutions virtuelles ou des expositions, afin que les habitants d’Ath et des environs puissent découvrir ce pan méconnu de leur patrimoine.