Une gare née au XIXe siècle, plusieurs vies au XXe et XXIe
La gare dite de Bastogne-Sud a longtemps fait partie du paysage urbain à quelques centaines de mètres du centre-ville. Son histoire commence avec l'arrivée du chemin de fer : la ligne qui reliait Libramont à la future Nuts City a été inaugurée le 15 novembre 1869, d'abord desservie par un baraquement provisoire. Le bâtiment que nous connaissons aujourd'hui date d'une seconde construction réalisée en 1895, érigée par l'État belge.
À l'époque, la gare porte l'appellation « Bastogne-Sud » pour la distinguer de la gare du Nord, ouverte plus tard avec la ligne vers Limerlé puis Gouvy. Deux lignes ferroviaires structurèrent le rôle de la gare :
- la ligne 163, qui reliait Libramont à Gouvy, puis, plus tard, à Saint-Vith ;
- la ligne 164, qui joignait Bastogne à Wiltz via Benonchamps.
Déclin progressif et fin du service voyageurs
Au fil du XXe siècle, le rail décline dans la région. Dans les années 1980, la desserte voyageurs vers Gouvy est progressivement abandonnée, et la desserte de Bastogne-Sud suit la même trajectoire. Le trafic voyageurs libramonto-bastognard est officiellement remplacé par des bus à partir du 22 mai 1993. Les voies ont ensuite été démontées et l'ancienne emprise transformée en RAVeL, tandis que le bâtiment de la gare était conservé.
Des usages variés : asinerie, associations et maquettes
Depuis la cessation du trafic ferroviaire, la gare a vécu plusieurs reconversions et a accueilli des activités très diverses. À partir de 2003 et pendant plus de dix ans, elle abrite une asinerie, nommée L'Ânerie d'Ardenne, devenue Naturâne. Après le départ de l'asinerie, les locaux ont servi à des usages associatifs :
- distribution alimentaire par l'association Saint-Vincent de Paul ;
- implantation des Guides de la région ;
- réalisation de maquettes ferroviaires par les Amis du Rail.
« La Ville de Bastogne a ensuite émis le souhait de donner une nouvelle vie à l'ancienne gare »
Cette phrase, rapportée dans le dossier de reconversion, illustre l'ambition municipale de réinventer le site tout en conservant la mémoire du lieu.
Vers un « pôle dédié au vélo » : quel impact pour le quartier ?
La dernière affectation annoncée pour la gare de Bastogne-Sud est la transformation du bâtiment en un pôle dédié au vélo. Si le projet n'efface pas le passé ferroviaire, il marque un changement d'échelle et de mobilité : la reconversion s'inscrit dans la logique de développement des itinéraires doux et de valorisation du RAVeL, qui occupe désormais l'emprise des anciennes voies.
Pour les riverains et usagers potentiels, plusieurs conséquences sont à envisager :
- une nouvelle attractivité locale autour d'un équipement sportif et touristique ;
- des retombées positives pour les associations et commerces proches, en particulier si le pôle propose services, ateliers et points d'accueil ;
- la préservation d'un bâtiment historique, qui conserve sa présence dans le tissu urbain tout en s'adaptant à des usages contemporains.
Patrimoine, mémoire et usages : maintenir l'équilibre
La transformation de Bastogne-Sud illustre le dilemme fréquent des communes wallonnes : comment concilier conservation du patrimoine industriel et adaptation aux besoins actuels ? Ici, la municipalité a choisi une reconversion proposant une nouvelle utilité publique, tout en capitalisant sur le réseau cyclable issu de l'ancienne emprise ferroviaire.
Si les grandes lignes de l'histoire et des utilisations récentes sont connues, les Bastognards attendent désormais des précisions sur le calendrier, le financement et la gouvernance du futur pôle vélo. Reste à espérer que le projet saura mêler respect du passé et services concrets pour le présent, afin que l'ancienne gare continue de raconter l'histoire locale tout en servant la vie quotidienne de la commune.