Un événement incontournable, des retombées inégales
Avec environ 120.000 visiteurs par édition, la Ducasse d'Ath constitue une visibilité précieuse pour les ensembles instrumentaux qui défilent dans le cortège du quatrième dimanche d'août. Pour les sociétés musicales officiellement conviées, cette exposition est souvent synonyme de reconnaissance et d'affluence. En revanche, plusieurs fanfares qui ne figurent pas au programme officiel subissent des trajectoires contrastées : certaines connaissent un regain d'activité, d'autres luttent pour survivre.
Des trajectoires opposées : Wodecq et Chièvres
La situation de la Philharmonie royale Sainte-Cécile de Wodecq, d'une part, et de la royale fanfare de Chièvres, d'autre part, illustre ces différences. À Wodecq, le président et chef de sortie, Nicolas Herbecq, constate un retour en force. Après une longue période marquée par de faibles effectifs, l'harmonie affiche aujourd'hui « environ cinquante musiciens par prestation ». Ce basculement résulte d'un ensemble de facteurs : l'anniversaire des 150 ans de la société, la période du Covid qui a servi d'électrochoc, et surtout l'action de l'école de musique liée à la fanfare, laquelle "crée une réelle dynamique avec les jeunes" et favorise le recrutement.
À l'opposé, la royale fanfare de Chièvres traverse des difficultés structurelles. Le comité, représenté par Luc Raulier, rappelle des années florissantes après l'entre-deux-guerres, avec des défilés en uniforme et des accompagnements de majorettes. Aujourd'hui, la formation peine à maintenir ses effectifs : pour ses concerts, elle aligne au maximum 20 à 25 musiciens, parfois renforcés par des joueurs venus d'autres sociétés pour permettre la représentation. Le constat est sans ambiguïté : les membres vieillissent et la relève se fait attendre.
- Wodecq : environ 50 musiciens par prestation (augmentation depuis 2022).
- Chièvres : 20–25 musiciens en moyenne pour les concerts, effectifs fragiles.
- Ducasse d'Ath : près de 120.000 visiteurs annuels, source majeure de visibilité.
| Société | Effectif déclaré | Tendance |
|---|---|---|
| Philharmonie royale Sainte-Cécile (Wodecq) | ~50 | Reprise depuis 2022 |
| Royale fanfare (Chièvres) | 20–25 | En difficultés, vieillissement |
| Ducasse d'Ath (visibilité) | ~120.000 visiteurs | Vitrine importante |
Une cyclicité confirmée par les experts
Le constat de terrains contrastés trouve un écho dans la parole d'experts. Le musicologue Tristan Pierre souligne le caractère cyclique des participations dans les ensembles instrumentaux. Cette cyclicité explique en partie pourquoi certaines formations retrouvent des effectifs satisfaisants tandis que d'autres peinent à se renouveler. Les initiatives locales — écoles de musique, commémorations, actions de mobilisation — peuvent inverser des tendances, mais elles ne garantissent pas de succès uniforme d'une société à l'autre.
Pour Ath et sa région, ces dynamiques ont des conséquences culturelles et sociales : la présence de fanfares et d'harmonies alimente la vie festive, transmet un patrimoine musical local et crée du lien intergénérationnel. Lorsque des formations souffrent, c'est une part de ce tissu associatif qui s'affaiblit.
Que faire pour préserver les fanfares locales ?
Les éléments rapportés — succès récent à Wodecq lié à une école de musique et à un anniversaire, difficultés à Chièvres liées au vieillissement des membres — permettent d'identifier quelques leviers : renforcer l'apprentissage musical local, encourager la coopération entre sociétés pour mutualiser des ressources et promouvoir les jeunes talents durant des manifestations à forte fréquentation comme la Ducasse. Le rôle des communes, des provinces et des structures culturelles régionales reste déterminant pour soutenir ces initiatives.
"Le nombre de participants dans des ensembles instrumentaux est toujours cyclique", rappelle le musicologue Tristan Pierre.
La Ducasse d'Ath reste une fenêtre privilégiée pour montrer la richesse musicale de la région. Mais la vitrine ne suffit pas toujours : derrière les défilés et la ferveur populaire, des sociétés continuent de chercher leur souffle. Il appartient aux acteurs locaux — communes, écoles de musique, comités de fanfares et public — d'œuvrer pour que ces formations ne deviennent pas les absentes d'un patrimoine vivant.