La fête foraine et culturelle attire de nouveaux talents
La renommée de la Ducasse d'Ath ne profite pas qu'aux manèges et aux stands : elle stimule aussi la vie musicale locale. Avec près de 120 000 visiteurs chaque année, le cortège du quatrième dimanche d'août représente une scène unique pour les huit fanfares et harmonies attitrées du cortège. Pour nombre de sociétés instrumentales, cette visibilité se traduit par un afflux de candidats musiciens, parfois spontané.
La royale harmonie l'Union de Meslin-l'Evêque, qui accompagne l'aigle bicéphale lors de la Ducasse, illustre parfaitement ce phénomène. Sylvie Sabot, présidente de l'harmonie meslinoise, explique que le recrutement n'est aujourd'hui plus une préoccupation :
« À Ath, on a de la chance d'avoir la Ducasse… On ne doit pas recruter ; les nouveaux musiciens viennent spontanément. »
La trajectoire de cette harmonie montre l'ampleur du changement : lorsque la fanfare a participé pour la première fois à la Ducasse, en 1983, elle ne comptait qu'une trentaine de musiciens. Depuis le début des années 2000, la progression est nette : l'ensemble tourne désormais « aux alentours des 110 musiciens ».
Des conséquences pratiques : acceptations, vérifications et plafonds
Cette croissance n'est toutefois pas sans conséquence : elle oblige les sociétés à mettre en place des règles informelles ou plus strictes pour préserver leur cohésion et leur organisation. À Meslin, la stratégie est d'accueillir la plupart des candidatures tout en vérifiant l'origine des postulants afin d'éviter les tensions entre sociétés musicales.
- Meslin : accepte la majorité des candidatures, s'enquiert du parcours du musicien pour préserver les relations entre fanfares.
- Union Saint-Martin d'Ath : limite désormais les admissions pour raison d'espace et établit un critère défavorisant les candidats déjà engagés dans une autre société musicale régionale.
Jennifer Becq, présidente de la royale Union Saint-Martin, insiste sur la contrainte matérielle :
« Pour le moment, on essaie d'accepter le moins de musiciens possible parce qu'on manque de place, tout simplement. »
Elle précise que le refus d'un candidat déjà actif dans une autre société n'est pas systématique, mais qu'il intervient plus souvent : « Cela étant, ça reste du cas par cas. Ce n'est pas une condition absolue. »
La Ducasse comme accélérateur mais aussi comme récompense
Pour les sociétés qui défilent à Ath, la participation au cortège — qui inclut la présence d'un géant — représente à la fois une vitrine et une forme de récompense pour les musiciens. Le prestige associé au défilé attire des volontés de s'investir, parfois dès le plus jeune âge, et contribue à renouveler les rangs des fanfares. En revanche, les fanfares qui n'ont pas le privilège d'être attitrées au cortège rencontrent une dynamique différente, moins favorable en matière de recrutement.
Chiffres et repères locaux
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Visiteurs annuels de la Ducasse | ~120 000 |
| Musiciens Union de Meslin-l'Evêque en 1983 | 35 |
| Musiciens Union de Meslin-l'Evêque aujourd'hui | ~110 |
| Fanfares/harmonies attitrées au cortège | 8 |
Sans prétendre à l'exhaustivité, ces repères montrent l'effet structurant de la Ducasse sur le tissu associatif musical autour d'Ath. La visibilité offerte par la fête rapproche publics et acteurs culturels, mais oblige aussi les sociétés à aménager leur fonctionnement pour rester viables et préserver l'équilibre régional entre ensembles.
À Ath, la Ducasse demeure donc bien plus qu'une tradition populaire : elle façonne les trajectoires des sociétés musicales et participe, à sa manière, à la vitalité culturelle de la région.