Les présidents des chambres d’agriculture du Tarn‑et‑Garonne et du Gers ont adressé une lettre ouverte au préfet de région et à la présidente de la région Occitanie pour demander la relance du projet de retenue de Charlas (Haute‑Garonne). Présenté comme un « projet historique » pour le système Neste‑Garonne, cet ouvrage est évoqué depuis 1988 et, selon ses promoteurs, pourrait sécuriser l’irrigation, l’alimentation en eau potable, la préservation des milieux aquatiques et la production d’énergie.
Un appel pour « passer des paroles aux actes »
Jean‑Philippe Viguié, président de la Chambre d’agriculture du Tarn‑et‑Garonne, et Lionel Candelon‑Bonnemaison, son homologue du Gers, estiment que les agriculteurs ne peuvent plus se contenter de promesses face à la variabilité accrue du climat. Dans leur lettre, ils interpellent directement la présidente de région Carole Delga et le préfet de région pour qu’ils s’engagent en faveur d’une relance effective du dossier.
« Les exploitants du Tarn‑et‑Garonne, du Gers et des autres territoires concernés soutiendront la relance du projet », assure Jean‑Philippe Viguié, éleveur à Lacapelle‑Livron.
Les deux présidents rappellent que la construction d’ouvrages d’envergure n’est pas étrangère aux choix publics actuels, citant à titre d’exemple des chantiers nationaux récents pour souligner selon eux une logique de priorités : « dans un pays où l'on construit de nouveau des centrales nucléaires, des lignes TGV, des autoroutes, il serait inconcevable [...] que nous ne soyons plus capables de faire civilisation commune pour construire des retenues basées sur un juste partage et usage de l'eau », écrivent‑ils.
Objectifs affichés de la retenue de Charlas
Les signataires présentent la retenue de Charlas comme un projet multifonctionnel. Ils soulignent plusieurs finalités jugées complémentaires face aux risques hydrologiques amplifiés par le changement climatique.
- Soutien d'étiage pour la Garonne afin d'assurer un débit minimum en période sèche.
- Sécurisation de l'irrigation pour les cultures des bassins concernés.
- Alimentation en eau potable pour les populations riveraines.
- Préservation des milieux aquatiques par une gestion des débits en saison sèche.
- Production d'énergie inscrite comme objectif secondaire.
| Finalité | Attente des chambres d'agriculture |
|---|---|
| Soutien d'étiage | Maintien de débits en période sèche |
| Irrigation | Sécurisation des approvisionnements agricoles |
| Eau potable | Garantir les ressources pour la population |
| Milieux aquatiques | Protection des écosystèmes par une gestion maîtrisée |
| Énergie | Valorisation possible de la retenue |
Un dossier ancien, sensible et complexe
Le projet de retenue de Charlas est connu depuis plusieurs décennies et s’inscrit dans une cartographie de projets hydrauliques visant le soutien des débits de la Garonne et de ses affluents. Les auteurs de la lettre reconnaissent la difficulté croissante de faire aboutir de tels projets en raison de procédures longues et parfois conflictuelles. Ils soulignent cependant la nécessité d’un engagement politique déterminé pour dépasser les obstacles administratifs et sociétaux.
Sans détailler de calendrier ni de montant financier dans leur courrier, ils appellent à la mise en œuvre de « ténacité et de courage » de la part des élus pour mener à bien le dossier.
Enjeux locaux et répercussions
Pour les agriculteurs du Tarn‑et‑Garonne, du Gers et des territoires voisins, la disponibilité en eau durant l'été conditionne les rendements et la viabilité des exploitations. Les épisodes récents de sécheresse et d'extrêmes climatiques sont invoqués par les signataires pour justifier l'urgence d'investir dans des infrastructures de stockage et de gestion de l'eau.
La relance de Charlas, si elle était décidée, engagerait des études d'impact environnemental, des concertations locales et des arbitrages financiers entre l'État, la Région et les collectivités concernées. Aucun calendrier de relance ni position officielle du préfet de région ou de la présidente Carole Delga n'ont été mentionnés dans le courrier rendu public.
Prochaines étapes possibles
Le courrier vise à provoquer une réaction institutionnelle et à replacer la question de la gestion de l'eau au cœur de l'agenda régional. Reste à savoir si les autorités compétentes répondront favorablement à l'appel ou renverront le dossier aux études et consultations préalables habituellement requises pour ce type d'infrastructures.
Entre la nécessité de sécuriser les usages de l'eau pour l'agriculture et la complexité des procédures environnementales et sociales, le dossier Charlas illustre la tension entre besoins locaux et exigences contemporaines de gouvernance.