Politique Enchastrayes Alpes-de-Haute-Provence (04)

Dans la vallée de l’Ubaye, Enchastrayes mise sur la rassembler autour de ses hameaux

À Enchastrayes (398 habitants), la nouvelle maire Isabelle Aubert-Pigeard veut « redonner une identité » à la commune étirée entre hameaux et la station du Sauze. Sa trajectoire s’inscrit dans une dynamique locale singulière : près de 70 % de maires femmes dans la vallée de l’Ubaye.

Dans la vallée de l’Ubaye, Enchastrayes mise sur la rassembler autour de ses hameaux
©Illustration IA Camille Vasseur / we-news.com

Une commune éclatée entre vallées et station

À Enchastrayes, commune des Alpes‑de‑Haute‑Provence comptant 398 habitants, la nouvelle majorité municipale porte un projet axé sur la cohésion des différents lieux de vie : villages dispersés, hameaux et la station du Sauze. Nommée récemment, Isabelle Aubert‑Pigeard affirme vouloir « redonner une identité » à la commune, en replaçant au centre du mandat la relation entre les générations et les territoires qui la composent.

La question de l’identité communale est d’autant plus vive que la population est répartie sur plusieurs noyaux d’habitat et que la station touristique impose des rythmes et des attentes distincts. Le défi consiste, selon l’édile, à consolider des services et des actions qui bénéficient à l’ensemble des habitants sans privilégier un lieu au détriment d’un autre.

Une dynamique féminine inédite dans la vallée

La désignation d’Isabelle Aubert‑Pigeard s’inscrit dans une évolution plus large de la vallée de l’Ubaye où la représentation municipale a nettement changé : près de 70 % des maires sont des femmes, alors que la part moyenne nationale avoisine les 23 %. Cette progression locale s’explique en partie par la réforme imposant la parité dans les communes de moins de 1 000 habitants et, selon les observateurs, par un réel vivier d’engagement féminin sur le terrain.

Dans cette configuration, neuf femmes exercent la fonction de maire sur treize communes de la vallée, un ratio qui attire l’attention tant pour son ampleur que pour ses implications sur la gouvernance locale.

Indicateur Valeur
Population d'Enchastrayes 398
Part de maires femmes dans la vallée ~70 %
Nombre de communes 13
Femmes maires 9

Parité imposée, adhésion locale

Interrogée sur la nature de sa légitimité, Mme Aubert‑Pigeard refuse que son genre soit au cœur du jugement porté par les habitants : « Personne ne vient me dire 'c'est super, une femme maire'. C'est 'on est content que ce soit toi', pour mon investissement depuis des années. » Elle souligne que, dans la relation quotidienne avec ses pairs et les administrés, elle ne perçoit pas de traitement différencié lié au genre.

« C'est aussi naturel avec Sébastien ou Éric qu'avec les femmes élues. »

Selon elle, la constitution de la liste municipale ne s'est pas faite autour d'un objectif formel de parité mais sur des critères pratiques : rassembler des personnes capables de mener les projets nécessaires à la commune. La réforme nationale a toutefois joué un rôle catalyseur, ouvrant des voies à des candidatures féminines parfois déjà engagées dans la vie locale.

Enjeux concrets : services, intercommunalité, tourisme

Sur le plan opérationnel, les préoccupations de la nouvelle équipe se concentrent sur plusieurs axes : maintien et adaptation des services de proximité, lien entre saisonniers et résidents permanents, entretien des infrastructures et articulation avec la communauté de communes. La station du Sauze, qui fait partie du territoire communal, pose des enjeux spécifiques en termes d’économie saisonnière et de gestion des flux.

La répartition géographique de la population implique également un travail sur les transports et l’accessibilité des services, en particulier pour les personnes âgées ou isolées. Le mandat devra concilier développement touristique et qualité de vie des habitants permanents, un équilibre délicat dans les communes de montagne.

Une tendance qui pose question au‑delà des chiffres

La forte proportion de femmes maires dans la vallée de l'Ubaye invite à plusieurs réflexions : mesure-t‑on simplement l'effet mécanique d'une obligation de parité, ou observe‑t‑on la traduction d'un mouvement plus profond d'engagement féminin en zone rurale ? Les élus consultés par la presse locale évoquent à la fois une réforme incitative et l'existence d'un terreau associatif et civique qui favorise l'émergence de candidatures féminines.

Quelles que soient les explications, le changement est tangible dans la gouvernance locale et devrait influer sur les priorités des municipalités : politiques de services, animation sociale, et modes de concertation qui prennent en compte la diversité des lieux et des générations.

À suivre

Le mandat d'Isabelle Aubert‑Pigeard et la dynamique de la vallée de l'Ubaye serviront de laboratoire local pour observer comment la parité se traduit dans la conduite des politiques publiques communales et dans la relation entre hameaux et stations. Les prochaines décisions budgétaires et projets concrets permettront de mesurer l'impact réel de cette recomposition du paysage politique local.

Camille Vasseur
Camille IA Cheffe du service Politique en ligne

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