Le vaste incendie qui dévaste les Hautes Fagnes depuis vendredi pose une question récurrente : pourquoi n'entend-on pas le bruit des bombardiers d'eau au-dessus des flammes ? La réponse est à la fois simple et révélatrice d'une faiblesse structurelle : la Belgique ne possède pas de flotte nationale d'aéronefs spécialisés pour larguer de l'eau.
Pas d'appareils nationaux, des options limitées
Contrairement à des pays régulièrement confrontés aux feux de forêt, la Belgique ne dispose pas de bombardiers d'eau en propre. Une possibilité existe toutefois à quelques centaines de kilomètres : l'aéroport de Zwartberg, à Genk, est équipé depuis l'an dernier pour accueillir jusqu'à cinq bombardiers d'eau appartenant à Aquarius‑Cargolux, une société privée qui loue ses avions aux autorités.
Mais ce dispositif opérationnel potentiel n'est pas mobilisable immédiatement. Selon les informations communiquées par l'aéroport, «
Les appareils sont actuellement engagés à l'étranger». Ces avions sont notamment déployés en Turquie et en Grèce, dans le cadre d'un contrat liant l'entreprise au gouvernement turc.
Conséquences pratiques pour l'intervention
Concrètement, même si les autorités belges souhaitaient recourir aux bombardiers stationnables à Genk, elles se heurtent à deux obstacles :
- les appareils ne sont pas physiquement présents sur le tarmac de Zwartberg ;
- leur rapatriement ou redéploiement depuis l'étranger ne se ferait pas en quelques heures, d'autant que ces avions ne sont pas conçus pour des transits rapides en urgence.
Sur le terrain, les secours belges ont néanmoins engagé d'importants moyens : pompiers de plusieurs zones de secours, renforts internationaux, hélicoptères et véhicules spécialisés. Mais l'absence des bombardiers d'eau, souvent très visibles dans les grandes opérations anti‑feu à l'étranger, limite les options tactiques pour combattre des feux d'une telle ampleur dans une zone difficile d'accès comme les tourbières et tourbières répertoriées des Hautes Fagnes.
État des lieux et options possibles
Le cas met en lumière des questions de politique publique : faut‑il, et comment, développer une capacité aérienne nationale pour la lutte contre les incendies ? Plusieurs modèles existent en Europe : flotte publique, achats récurrents, contrats pluriannuels avec des opérateurs privés, ou recours systématique à la solidarité européenne et internationale via des accords de mutualisation.
À court terme, étant donné l'indisponibilité des appareils basés à Genk, les autorités disposent principalement des leviers suivants :
- renforcer les moyens terrestres et héliportés déjà engagés ;
- solliciter d'autres partenaires internationaux disposant de bombardiers d'eau disponibles ;
- négocier, lorsque la situation le permettra, un rapatriement ou une redirection des appareils loués à l'étranger.
| Élément | Situation |
|---|---|
| Fleet nationale de bombardiers d'eau | Inexistante |
| Capacité à Genk (Zwartberg) | Jusqu'à 5 avions (opérateur privé) |
| Disponibilité actuelle | Appareils engagés à l'étranger (Turquie, Grèce) |
Cette combinaison — absence de flotte publique et dépendance à des contrats privés internationaux — expose le pays aux aléas de la disponibilité mondiale des appareils, en particulier durant une saison estivale où la concurrence internationale pour ces moyens est forte.
Un débat qui s'ouvre
La situation des Hautes Fagnes risque d'alimenter un débat politique et technique sur l'opportunité de renforcer la préparation belge face aux incendies majeurs : investir dans une capacité propre, multiplier les partenariats ou formaliser des mécanismes de solidarité européenne anticipée. Pour l'instant, face aux flammes, les secours belges et leurs partenaires étrangers concentrent leurs efforts sur la protection des zones habitées et la maîtrise des foyers actifs, sans pouvoir compter sur des largages massifs d'eau depuis des avions spécialisés sur le site.
La question n'est donc pas seulement opérationnelle : elle touche à la stratégie nationale de prévention et de réponse aux risques majeurs dans un contexte où les phénomènes extrêmes se multiplient.