Le Maroc a dévoilé un Plan Santé mentale 2030 visant à remédier à des décennies de sous‑investissement et à répondre à une demande de soins jugée largement insuffisante. Les autorités soulignent l’ampleur du problème : près de 6,5 millions de Marocains seraient touchés par un trouble psychique, dont environ 2 millions de personnes de moins de 25 ans.
Un poids économique et social jugé important
Selon le ministère de la Santé et de la Protection sociale, l’impact économique des troubles psychiques est estimé à près de 64 milliards de dirhams par an, soit l’équivalent de 4,8 % du produit intérieur brut du pays. Ces données ont servi de toile de fond au lancement du plan, présenté comme une priorité nationale de santé publique et un levier d’inclusion sociale.
Les autorités insistent sur la nécessité d’une prise en charge moderne, accessible et respectueuse de la dignité des patients, en mobilisant de manière coordonnée les différents acteurs institutionnels. Le diagnostic posé par le ministère met en exergue plusieurs déficits structurels qui compliquent l’accès aux soins et la qualité des prises en charge.
Capacités hospitalières et ressources humaines insuffisantes
Le système souffre d’un manque de lits et de spécialistes. Selon les chiffres officiels présentés avec le plan :
- le Maroc dispose de 6,7 lits psychiatriques pour 100 000 habitants;
- le pays compte seulement 1,5 psychiatre pour 100 000 habitants;
- le secteur public ne dispose que de 30 psychologues spécialisés.
Cette rareté de l’offre explique pour partie un déficit de prise en charge évalué par les autorités à environ 85 % : une proportion importante de personnes en souffrance ne recevrait donc pas les soins appropriés.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Personnes touchées par troubles psychiques | 6,5 millions |
| Moins de 25 ans | ~2 millions |
| Coût économique annuel | 64 milliards de dirhams |
| Lits psychiatriques / 100 000 hab. | 6,7 |
| Psychiatres / 100 000 hab. | 1,5 |
Principes et axes du nouveau plan
Le plan repose sur l’idée que la santé mentale doit être un pilier de la santé publique. Trois principes directeurs ont été mis en avant par le ministère :
- intégration de la santé mentale à la santé globale, en ligne avec la définition de l’Organisation mondiale de la santé ;
- garantie d’un accès modernisé et territorialement plus équitable aux services ;
- respect de la dignité des personnes et mobilisation coordonnée des acteurs institutionnels.
Le document gouvernemental associe ambition sanitaire et argument économique : investir dans la santé mentale, affirment les rédacteurs, est aussi un investissement pour le développement social et économique du pays.
Défis et implications
Les déficits d’infrastructures et la répartition inégale des ressources humaines constituent des obstacles majeurs. Plusieurs établissements publics sont signalés comme vétustes et des disparités territoriales persistent dans l’accès aux soins.
Pour être effectif, le plan devra traduire ses orientations en moyens budgétaires, en formation de professionnels et en renforcement des dispositifs de première ligne (soins primaires, centres de proximité, actions de prévention). Le calendrier et les montants précis d’investissement n’ont pas été détaillés dans le communiqué de présentation, ce qui laisse la mise en œuvre effective comme l’un des principaux points d’attention à venir.
Au sortir de la présentation, le ministère a insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective—État, acteurs locaux, professionnels et société civile—pour réduire l’écart entre besoins et réponses et pour faire de la santé mentale une composante réelle de la politique de santé publique au Maroc.