Un rapport récent de l'Agence de la transition écologique (Ademe) s'appuie sur une échelle scientifique capable d'évaluer l'intensité de l'« écoanxiété », cette détresse psychologique liée à la crise environnementale. Selon les auteurs, l'inquiétude environnementale concerne des millions de personnes en France et peut, lorsqu'elle s'intensifie, représenter un véritable enjeu de santé publique.
Une détresse identifiée mais pas pathologisée
Les chercheurs et experts réunis par l'Ademe rappellent d'emblée que l'écoanxiété n'est pas une pathologie à proprement parler, mais plutôt un état psychologique de détresse et d'angoisse face à la menace climatique et aux dégradations environnementales. Elle se manifeste, selon le rapport, par des ruminations, des peurs, des troubles du sommeil et des tendances à l'isolement ou au sentiment d'impuissance.
Les auteurs insistent sur la nécessité de ne pas confondre cette détresse avec des troubles anxieux ou dépressifs diagnostiqués, même si une chronicité ou une intensification des symptômes peut conduire à de telles pathologies.
« L’écoanxiété n’est pas une maladie, mais peut rendre malade. »
Un outil quantitatif pour mesurer l'intensité
Le rapport mentionne l'utilisation d'une échelle validée par la recherche qui permet d'évaluer l'intensité de l'écoanxiété. Cette approche quantitative vise notamment à :
- dresser le profil des personnes les plus exposées ;
- orienter les actions de prévention et d'accompagnement ;
- éviter à la fois la stigmatisation et l'invisibilisation d'un mal-être réel.
Les auteurs comparent la mesure de l'écoanxiété à la lecture d'une fièvre : il ne s'agit pas seulement de dire « je suis écoanxieux », mais d'en évaluer l'intensité, car cette intensité conditionne l'impact sur la santé mentale.
Un phénomène qui touche des millions de personnes
Dans le contexte français étudié par l'Ademe, l'écoanxiété affecterait jusqu'à 15 millions de personnes. Ce chiffre traduit l'ampleur du phénomène et la nécessité, pour les autorités sanitaires et les acteurs de la santé mentale, d'en intégrer la prise en charge dans leurs stratégies.
| Élément | Constat (source : Ademe) |
|---|---|
| Population affectée (France) | 15 millions |
| Nature | Détresse psychologique liée aux risques climatiques |
| Symptômes fréquents | Ruminations, insomnies, isolement, sentiment d'impuissance |
Conséquences et implications pour la Belgique
Si les données citées concernent la France, le constat a des répercussions évidentes pour la Belgique : le dérèglement climatique et les mauvaises nouvelles environnementales traversent les frontières et peuvent générer des réactions émotionnelles comparables. Les services de santé mentale, les généralistes, les centres de prévention et les acteurs scolaires pourraient donc être amenés à intégrer des outils d'évaluation et des dispositifs d'accompagnement spécifiques.
Plusieurs enjeux sont à considérer :
- former les professionnels à repérer une détresse liée au climat ;
- proposer des ressources psychoéducatives pour aider à gérer l'anxiété sans la pathologiser ;
- prévoir des passerelles entre associations environnementales et services de santé mentale pour offrir un soutien contextualisé.
Enfin, les auteurs du rapport mettent en garde contre deux écueils : la minimisation d'un mal-être réel et, à l'inverse, la médicalisation systématique d'une réaction émotionnelle compréhensible face à une menace globale. L'objectif affiché est d'offrir des réponses proportionnées, fondées sur l'évaluation de l'intensité et sur la distribution de ressources adaptées.
Pour les autorités sanitaires et les professionnels en Belgique, l'étude de l'Ademe constitue un point d'appui : disposer d'une échelle fiable permettrait de mieux cerner l'ampleur du phénomène sur le territoire, de cibler des actions de prévention et d'anticiper les besoins en soutien psychologique liés aux enjeux environnementaux.