La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publie un constat clair : en 2025, 259 400 interruptions volontaires de grossesse (IVG) ont été réalisées en France, soit une augmentation de 2,9 % par rapport à 2024. Le taux de recours s’élève désormais à 17,8 ‰ chez les femmes âgées de 15 à 49 ans.
Une évolution lente mais continue depuis les années 2000
Selon la Drees, la trajectoire du recours à l’IVG se déroule en plusieurs phases. Après une stabilité jusqu’à la fin des années 2010 — autour de 15 IVG pour 1 000 femmes — la courbe a amorcé une hausse, interrompue temporairement par la pandémie de Covid‑19 en 2020‑2021. Depuis, le recours est reparti à la hausse et touche l’ensemble des tranches d’âge, y compris les moins de 25 ans, dont le recours avait pourtant diminué pendant plusieurs années avant la crise sanitaire.
La domination de la méthode médicamenteuse
La transformation des pratiques est nette : en 2025, 81 % des IVG étaient réalisées par voie médicamenteuse, soit un point de plus qu’en 2024. Cette méthode progresse de manière continue depuis 2001, lorsque la part des IVG médicamenteuses était de 31 %.
- En 2025, seulement 53 % des IVG ont eu lieu en établissement de santé (essentiellement publics), contre la quasi‑totalité en 2004.
- La hausse du nombre d’IVG s’explique en grande partie par l’augmentation des procédures médicamenteuses réalisées hors établissements de santé.
- Le recours est deux fois plus élevé dans l’ensemble des départements et régions d’outre‑mer (DROM) que dans le reste du territoire.
Le rôle croissant des sages‑femmes libérales
La Drees souligne également une modification de l’organisation des soins. La moitié des IVG s’effectuent désormais hors établissement, c’est‑à‑dire en cabinet libéral, en centre de santé ou en centre de santé sexuelle. Parmi ces prises en charge extrahospitalières, les sages‑femmes jouent un rôle majeur : en cabinet libéral, 59 680 IVG ont été pratiquées par des sages‑femmes en 2025, très largement devant les médecins généralistes et les gynécologues médicaux ou obstétriciens. Le nombre d’IVG réalisées par des sages‑femmes libérales a augmenté de 15 % par rapport à 2024.
| Indicateur | 2025 |
|---|---|
| Nombre d’IVG | 259 400 |
| Part d’IVG médicamenteuses | 81 % |
| Taux de recours (15‑49 ans) | 17,8 ‰ |
| Part réalisées en établissement | 53 % |
Jeunes femmes et délai de prise en charge
La Drees note des différences selon l’âge : chez les femmes de moins de 25 ans, 14 % des IVG ont été pratiquées après 10 semaines d’aménorrhée, contre 9 % chez les 25 ans et plus. Les jeunes recourent aussi davantage aux structures hospitalières : 60 % des IVG chez les moins de 25 ans ont eu lieu en établissement de santé, contre 49 % pour les femmes plus âgées.
Ces données illustrent une recomposition de l’offre de soins autour des méthodes médicamenteuses et d’un transfert important d’actes vers le secteur libéral, porté par les sages‑femmes. Elles posent des questions d’accès, d’organisation et de formation professionnelle pour garantir la qualité des prises en charge sur l’ensemble du territoire.
La Drees publie ce bilan à l’occasion des cinquante ans de la loi Veil, rappelant que la nature et le lieu des pratiques ont profondément changé depuis l’adoption du texte fondateur. Les autorités sanitaires et les professionnels de santé disposeront de ces repères pour ajuster politiques et dispositifs de suivi, sans que ce rapport n’apporte de recommandation explicite sur les mesures à prendre.