Deux rapports de coroner publiés récemment au Québec décrivent des trajectoires de fin de vie au cours desquelles des personnes très dépendantes sont restées des mois sans soins adaptés. Les autorités et les associations de défense des aînés parlent d’indices de maltraitance organisationnelle et réclament des changements profonds dans l’organisation de l’accès aux services à domicile.
Les faits établis par la coroner
La coroner Julie‑Kim Godin a analysé deux dossiers distincts de décès survenus en 2025. Le premier concernait un homme de 58 ans présentant une grande vulnérabilité et pour lequel six demandes d’hébergement ont été formulées sur une période de deux ans, sans qu’un placement ne soit obtenu, son profil étant considéré comme « hors cadre » des options disponibles. Le second dossier impliquait un homme de 87 ans, en perte d’autonomie importante, qui a vécu à domicile avec son épouse proche aidante. Le couple a attendu plus de 9 mois avant d’obtenir une aide qui, selon la coroner, aurait dû être fournie dans un délai de 30 jours.
Réactions de la société civile et demandes de réforme
La Coalition pour la dignité des aînés a qualifié ces rapports de profondément préoccupants. Solange Tremblay, porte‑parole de la Coalition, souligne que de telles situations ne devraient plus se produire à l’ère actuelle et demande une refonte des mécanismes d’accès aux soins à domicile.
« Ces situations ne devraient pas se produire en 2026. Il y a un problème organisationnel »,
fait valoir Mme Tremblay, qui rappelle la nécessité d’une porte d’entrée unique — à savoir le CLSC — pour coordonner l’évaluation et l’attribution des services à domicile, et plaide pour une loi‑cadre garantissant l’accès et le financement des soins à domicile.
Des moyens accrus mais des attentes qui persistent
La porte‑parole reconnaît cependant que les crédits consacrés aux services à domicile ont augmenté au Québec, passant de 1,4 milliard à 2,6 milliards (dollars canadiens) depuis 2019. Malgré cette hausse, la Coalition souligne que le nombre de personnes encore en attente d’un premier service demeure élevé : 11 676 personnes étaient ainsi listées comme en attente.
- Multiples demandes d’hébergement restées sans suite pour un homme vulnérable de 58 ans.
- Attente de plus de 9 mois pour une aide jugée prioritaire pour un homme de 87 ans.
- Revendication d’une porte d’entrée unique via les CLSC et d’une loi‑cadre pour les soins à domicile.
Conséquences et points de vigilance
Les rapports de coroner pointent non seulement des cas individuels dramatiques mais suggèrent aussi des failles structurelles : critères d’admissibilité trop rigides, délais d’évaluation trop longs, fragmentation des services. Les acteurs associatifs demandent que la question des soins à domicile soit au cœur des discussions publiques et des programmes politiques, notamment en période électorale provinciale, afin d’assurer des réponses rapides et adaptées aux situations complexes.
| Élément | Cas 1 | Cas 2 |
|---|---|---|
| Âge | 58 ans | 87 ans |
| Durée des demandes sans réponse | Six demandes d’hébergement en deux ans, sans succès | Plus de 9 mois d’attente pour une aide attendue en 30 jours |
| Constat de la coroner | Indices de maltraitance organisationnelle | |
Ces constats relancent la controverse sur la capacité des systèmes de santé à prendre en charge des profils « complexes » et sur la répartition des ressources. La Coalition pour la dignité des aînés réclame un rôle clarifié et centralisé pour les CLSC dans la coordination des services et l’adoption d’une loi‑cadre garantissant l’accès et le financement des soins à domicile. Tant que ces questions resteront sans réponse, des situations de longue attente et de prise en charge inadéquate risquent de se reproduire.