Une catastrophe majeure — inondation, incendie, séisme, conflit ou épidémie — n’entraîne pas nécessairement une crise alimentaire, selon une étude publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) et relayée par EurekAlert. En analysant plus d’une décennie de données issues de plusieurs dizaines de pays, les chercheurs montrent que la résilience des populations et des systèmes alimentaires détermine largement si une perturbation se transforme ou non en famine.
La préparation avant tout
Les auteurs soulignent que le niveau de développement économique ou la fréquence des catastrophes ne suffisent pas à expliquer la survenue d’une crise alimentaire. Des pays exposés à des aléas fréquents ont, parfois, réussi à améliorer leur sécurité alimentaire grâce à des mesures de préparation et à des systèmes alimentaires robustes.
« Les crises alimentaires ne sont pas inéluctables. Les souffrances peuvent être évitées si les pays, et en particulier leurs systèmes alimentaires, sont suffisamment préparés »,
affirme Chris Béné, auteur principal de l’étude. Pour son équipe, la capacité d’un territoire à absorber, adapter et se relever d’un choc dépend d’un ensemble de facteurs structurels et organisationnels.
Quels facteurs ont été examinés ?
Les chercheurs ont évalué la gravité des chocs mais aussi des dimensions moins directement visibles qui influent sur l’impact final : efficacité des gouvernements, qualité des infrastructures, cohésion économique et sociale, et caractéristiques des systèmes alimentaires eux‑mêmes. Ces éléments déterminent la vitesse et l’ampleur de la réponse face à une crise.
- Capacité institutionnelle et gouvernance
- Qualité des infrastructures de transport et de stockage
- Cohésion économique et réseaux de solidarité
- Caractéristiques des systèmes alimentaires locaux (diversité des approvisionnements, résilience des cultures et des chaînes logistiques)
Les auteurs insistent sur le fait que des systèmes alimentaires diversifiés et des infrastructures adaptées réduisent la vulnérabilité : si une récolte est perdue dans une région, d’autres circuits peuvent compenser si l’organisation et les moyens existent pour le faire.
Des enseignements pour les politiques publiques
Cette recherche apporte des enseignements concrets pour les décideurs. Plutôt que de considérer la sécurité alimentaire uniquement sous l’angle de la production agricole ou du niveau de richesse, il est utile de renforcer les capacités de prévention, la coordination interinstitutionnelle et les dispositifs de soutien rapide aux populations affectées.
À l’échelle nationale ou régionale — que ce soit en Belgique, dans les États voisins ou au plan international —, cela implique des investissements ciblés dans :
- les infrastructures logistiques (routes, entrepôts, chaînes froides),
- les systèmes d’alerte et de réponse rapide,
- la diversification des approvisionnements alimentaires,
- et les mécanismes de protection sociale permettant d’assurer un accès immédiat à la nourriture pour les populations vulnérables.
Ces résultats rejoignent un courant croissant de travaux qui voient dans la résilience — plutôt que dans la seule prévention des aléas — la voie la plus pragmatique pour limiter les conséquences humaines et économiques des catastrophes.
Limites et perspectives
Les conclusions de l’étude s’appuient sur des séries de données pluriannuelles et des comparaisons entre pays à différents niveaux de revenu. Les auteurs notent toutefois que la nature des chocs, leur conjonction (par exemple sécheresse suivie d’une invasion de ravageurs) et le contexte politique restent des variables complexes à modéliser. Ils recommandent donc de compléter l’approche quantitatif par des évaluations locales détaillées pour adapter les mesures de résilience aux contextes spécifiques.
Pour les responsables politiques et les gestionnaires de la sécurité alimentaire, ce travail souligne une évidence opérationnelle : mieux vaut « préparer le système » que seulement espérer éviter le choc. Dans un monde marqué par l’intensification des risques climatiques et géopolitiques, cette orientation vers la résilience des systèmes alimentaires apparaît comme une priorité stratégique.