Alors que les épisodes de chaleur extrême se multiplient en Europe, des équipes de recherche explorent des moyens concrets pour adapter l'habitat aux canicules. Parmi elles, le Laboratoire d’ingénierie du confort intégré de l’EPFL, implanté au Smart Living Lab de Fribourg, développe des outils de simulation permettant d'estimer l’impact de modifications urbaines — hauteur des immeubles, largeur des rues, haies et arbres — sur la température locale.
Simuler pour décider
Sur un écran, des rangées de cubes représentent un quartier dense. En changeant quelques paramètres, l'outil calcule la baisse de température potentielle. Cette démarche illustre une approche désormais courante : ne pas se contenter d'observations, mais tester en amont des scénarios d'aménagement pour prioriser les mesures les plus efficaces. Ces simulations servent aussi à dialoguer avec les architectes et urbanistes sur des choix concrets de conception.
Des solutions à l’intérieur et à l’extérieur
Le travail des laboratoires couvre deux échelles complémentaires : le bâtiment (isolation, ventilation, matériaux) et le quartier (végétation, densité, géométrie des rues). L'objectif affiché est de rendre les villes « vivables à plus de 35 °C », expression reprise par des spécialistes qui imaginent déjà des combinaisons de techniques pour limiter les risques sanitaires et améliorer le confort.
« Le Temps » a essayé d’imaginer des bâtiments et des villes vivables à plus de 35 degrés.
Ces propositions reposent sur des collaborations transdisciplinaires entre ingénieurs, climatologues, architectes et spécialistes des îlots de chaleur urbains. Elles visent à définir des réponses adaptées au contexte local — climat, densité, matériaux — plutôt que des recettes universelles.
Du laboratoire à la rue : un chemin long et coûteux
Les chercheurs soulignent cependant une réalité pragmatique : il faudra du temps et de l'argent pour transformer nos manières de construire et d'aménager. La mise en œuvre des solutions identifiées par les simulations exige des investissements publics et privés, des adaptations réglementaires et une coordination entre communes, provinces et acteurs privés du bâtiment.
- Outils de simulation pour quantifier l'effet des aménagements.
- Solutions techniques à l'échelle du logement et du quartier.
- Besoin de temps et de financement pour déployer les changements sur le terrain.
Quelles conséquences pour la Belgique ?
Même si l'enquête décrite a été menée en Suisse, les enjeux sont transposables à la Belgique : explosion des besoins de rénovation, adaptation des normes de construction, renforcement des politiques d'espace vert et intégration de la lutte contre les îlots de chaleur dans les plans communaux d'urgence. Les laboratoires offrent des méthodes pour prioriser des actions — planter des arbres, revoir la proportion d'emprise au sol, modifier la typologie des façades — mais ces recommandations doivent être traduites en décisions politiques et en aides financières pour être effectives.
| Acteur | Rôle |
|---|---|
| Laboratoires (ex. EPFL) | Simuler et proposer solutions techniques |
| Architectes / urbanistes | Adapter projets et intégrer recommandations |
| Communes / provinces | Réglementer, financer et mettre en œuvre |
La recherche fournit donc un éclairage précieux mais ne dispense pas les décideurs de faire des choix parfois coûteux. À court terme, la priorité peut consister à identifier les interventions à fort effet et faible coût, et à protéger les populations vulnérables lors des pics de chaleur. À moyen et long terme, il faudra inscrire les objectifs de résilience thermique dans les programmes de rénovation énergétique et dans le développement urbain.
Enfin, la transition vers des villes adaptées aux canicules soulève des questions sociales et politiques : qui financera les travaux, quelles parties de la population seront protégées en priorité, et comment concilier densification urbaine et besoin d'espaces verts ? Les laboratoires offrent des outils pour répondre à ces questions, mais les réponses demeurent avant tout politiques.
Publié le 23 août 2026. Rapportage basé sur une enquête de « Le Temps » et les travaux présentés par le Laboratoire d’ingénierie du confort intégré de l’EPFL au Smart Living Lab.