Au CHwapi de Tournai, la communication entre soignants et patients ne se limite pas à la traduction littérale des mots. Katia Haykal se présente comme « médiatrice interculturelle » et non comme simple interprète. Son travail, qu'elle décrit avec précision, vise à rendre possibles des annonces médicales difficiles tout en respectant les croyances et la sensibilité des patients et de leurs proches.
Un rôle au carrefour du langage et de la culture
Face à une pathologie grave, le médecin en Belgique a l'obligation d'informer clairement le patient. Mais dans certaines cultures, une annonce frontale peut être perçue comme choquante ou conduire à des réactions agressives. La médiatrice, explique Katia, évalue d'abord la capacité du patient à comprendre le discours médical, puis « transmet l'idée, vulgarise et adapte le discours du médecin ». Ce travail demande une double compétence : la maîtrise des codes culturels du patient et une connaissance approfondie du jargon médical.
« L'interprète traduit plus ou moins mot pour mot. La médiatrice maîtrise la culture de son intervenant. »
Katia est née d'un père libanais et d'une mère belge. Elle a grandi au Liban et fréquenté la Belgique depuis son enfance ; cette trajectoire bi‑culturelle est, selon elle, un atout majeur pour anticiper les réactions et trouver des formules adaptées. Elle insiste aussi sur la préparation : recherches en amont, prise de notes, et apprentissage de termes médicaux parfois absents dans la langue du patient.
Des missions précises et complémentaires
Le travail de médiation interculturelle recoupe plusieurs missions au sein de l'hôpital. Katia distingue nettement son rôle de celui d'un interprète strict : elle ne se contente pas d'un rendu mot à mot, elle ajuste, explique et parfois freine des propos pour éviter une escalade émotionnelle. Voici les tâches qu'elle énumère :
- Préparer et accompagner les annonces médicales sensibles ;
- Vulgariser le langage technique pour s'assurer de la compréhension ;
- Anticiper et désamorcer des réactions culturelles potentiellement conflictuelles ;
- Rechercher et vérifier la terminologie médicale dans la langue du patient ;
- Servir de pont entre l'équipe soignante et la famille, en respectant les obligations légales du médecin.
Elle précise aussi n'avoir « aucune formation médicale à l'origine », ce qui l'oblige à un travail de documentation conséquent avant chaque intervention, notamment dans des spécialités comme l'urologie ou l'hématologie où le vocabulaire est très technique.
Pourquoi ce service compte pour Tournai
Dans une ville comme Tournai, dont le tissu social est pluriel, la présence d'une médiatrice interculturelle au CHwapi répond à un besoin concret : faciliter l'accès aux soins et prévenir les tensions entre personnels soignants et patients allophones. Le service contribue également à la sécurité juridique et médicale des équipes en aidant à faire respecter l'obligation d'information du patient dans un cadre respectueux.
| Rôle | Fonction principale |
|---|---|
| Interprète | Traduction mot à mot |
| Médiatrice interculturelle | Adaptation culturelle du discours médical, vulgarisation, prévention des conflits |
Le témoignage de Katia met en lumière un aspect discret mais essentiel du parcours de soins. Ce travail de médiation permet non seulement d'améliorer la compréhension mais aussi de préserver la relation de confiance entre le patient et l'équipe médicale, condition sine qua non d'une prise en charge efficace.
Pour les habitants de Tournai et des communes alentour, cet accompagnement est une avancée concrète dans l'accueil des populations allophones et un gage de qualité pour le CHwapi. Dans un paysage hospitalier où la communication peut faire la différence entre apaisement et incompréhension, la médiation interculturelle s'affirme comme un service clé.