Un projet pastoral motivé par la pénurie de clercs
L'évêque d'Anvers, Johan Bonny, a confirmé que plusieurs hommes mariés ont commencé une formation théologique et pastorale en vue d'une ordination sacerdotale en 2028. Le prélat a rendu publiques ces informations lors d'une interview à La Libre Belgique, précisant que la démarche vise à répondre à une réalité démographique et pastorale qu'il juge préoccupante dans le diocèse.
« La nécessité m’y oblige », a déclaré l'évêque pour justifier cette orientation. Selon son diagnostic, le diocèse d'Anvers dispose de moins de 70 prêtres de moins de 70 ans et près des deux tiers des ministres actuels viennent de l'étranger. Cette configuration se traduit, selon lui, par des services pastoraux amputés : plus de prêtres exclusivement affectés aux hôpitaux, aux mouvements de jeunesse ou aux écoles, et une présence permanente d'aumônier assurée dans seulement une des cinq prisons de la province.
Des contacts à Rome pour obtenir l'autorisation
Pour pouvoir procéder à des ordinations d'hommes mariés, l'évêque doit obtenir l'aval du Saint‑Siège. En juin, Johan Bonny a rencontré à Rome deux membres de la Curie : le cardinal You Heung‑sik, préfet du Dicastère pour le Clergé, et le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode des évêques. D'après ses déclarations, ces cardinaux se sont engagés à transmettre son dossier au pape Léon XIV.
« Je leur ai expliqué, avec des chiffres, que la Flandre avait épuisé ses réserves », a relaté l'évêque.
À ce stade, aucune autorisation officielle du Saint‑Siège n’a été rendue publique. Le calendrier qu’évoque Johan Bonny — une ordination en 2028 — dépend donc d’une décision romaine qui reste à formaliser.
Conséquences locales et enjeux
La proposition de l'évêque pose plusieurs enjeux concrets pour Anvers et sa province. D'une part, elle vise à maintenir ou rétablir une présence sacerdotale sur des terrains où celle‑ci s'est réduite : accompagnement pastoral des malades, encadrement des jeunes, enseignement religieux, et aumôneries en milieu carcéral. D'autre part, elle interroge la pastorale ordinaire du diocèse et la manière dont seront assurées la formation et l'intégration de candidats mariés au presbytériat.
Dans le débat ecclésial, l'ordination d'hommes mariés est une option qui existait déjà dans certaines traditions et dans des procédures exceptions ; ici, le projet est présenté comme une réponse structurelle à la décroissance des vocations locales. L'évêque insiste sur le fait qu'il ne souhaite pas faire de l'accueil de prêtres étrangers la solution normale au manque de clercs.
- Nombre de prêtres de moins de 70 ans dans le diocèse : moins de 70 (selon l'évêque).
- Proportion de prêtres originaires de l'étranger : près des deux tiers.
- Prisons de la province disposant d'un aumônier permanent : 1 sur 5.
| Élément | Chiffre communiqué |
|---|---|
| Prêtres < 70 ans | < 70 |
| Proportion de prêtres étrangers | ~ 2/3 |
| Prisons avec aumônier permanent | 1/5 |
Un projet qui exige un arbitrage romain
Au‑delà des questions pratiques, le dossier que présente l'évêque d'Anvers engage des interlocuteurs ecclésiaux au plus haut niveau. La procédure suivie par Johan Bonny — rencontres avec des cardinaux compétents pour le clergé et le synode — montre qu'il cherche une décision structurée du Saint‑Siège plutôt qu'une simple tolérance ponctuelle.
Pour les fidèles et les acteurs sociaux d'Anvers, la perspective d'ordonnations d'hommes mariés en 2028 suscite des interrogations mais aussi des attentes : maintenir une offre pastorale de proximité, préserver des services religieux dans des secteurs fragilisés et réfléchir à une adaptation des ministères face aux évolutions démographiques.
La suite dépendra désormais de la réponse romaine et des modalités que le diocèse proposera pour la formation, l'accompagnement et la mission des candidats retenus.