Les élus des trois établissements publics territoriaux (EPT) du Val‑de‑Marne ont exprimé, mi‑octobre, leur opposition à la future chaufferie dite « Thermo‑sur‑Seine », prévue à Vitry‑sur‑Seine. Porté par Dalkia, Eiffage et RATP Solutions Villes, ce projet à 1,2 milliard d’euros ambitionne de décarboner le réseau de chauffage parisien mais suscite de fortes réticences locales.
Un projet industriel au cœur d’un débat sanitaire et environnemental
La chaufferie doit servir le réseau de chauffage urbain de la ville de Paris et de seize communes de la première couronne, en remplaçant à terme deux centrales à gaz. Pour fonctionner, l’installation prévoit de brûler 450 000 tonnes de combustibles solides de récupération (CSR) — des déchets non recyclables ni valorisables tels que plastiques et textiles — ce qui alimente les inquiétudes sur la qualité de l’air et les retombées sanitaires pour les populations riveraines.
Face à ces craintes, plusieurs collectivités et collectifs de riverains ont demandé des éléments complémentaires et des études indépendantes. Le projet est en concertation préalable jusqu’au 1er novembre, date à laquelle les observations du public et des collectivités seront officiellement closes.
Les décisions des EPT et leurs motivations
Le 15 octobre, l’établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre, qui comprend Vitry, a voté pour l’abandon du projet. Dans un communiqué cité par la presse, sa présidente a formulé une critique nette :
« La transition énergétique ne peut se faire au prix d'une aggravation des inégalités environnementales. »
Le même jour, Paris Est Marne et Bois a émis un avis défavorable. Quant à Grand Paris Sud Est Avenir, qui accueille déjà l’incinérateur de Créteil, il s’est opposé par un vœu et demandé l’examen de scénarios et de solutions alternatives.
Ces positions s’ajoutent aux refus déjà exprimés par des collectifs de riverains, le département du Val‑de‑Marne et plusieurs communes, dont Alfortville. Des pétitions locales circulent également.
Les porteurs du projet défendent la transition et l’emploi
Les maîtres d’ouvrage cherchent à rassurer en mettant en avant la contribution du projet à la réduction des émissions de gaz à effet de serre du réseau de chauffage et la création d’emplois. Le dossier évoque notamment la suppression progressive des centrales à gaz et la création de plus d’une centaine d’emplois liés à la construction et à l’exploitation de l’installation.
Pour autant, les inquiétudes persistent sur le plan sanitaire, en particulier concernant les particules fines et les polluants atmosphériques. Plusieurs voix réclament des études d’impact indépendantes et des évaluations précises des rejets avant toute décision.
Questions soulevées et alternatives demandées
Les opposants et certaines collectivités demandent :
- des études sanitaires et environnementales indépendantes et transparentes ;
- l’examen de solutions alternatives au recours massif aux CSR ;
- une évaluation des retombées territoriales pour éviter une concentration d’infrastructures polluantes dans les mêmes secteurs.
La concertation actuelle doit permettre à la fois aux autorités et au public d’interroger le modèle technique et économique du projet, et de proposer des pistes alternatives pour atteindre les objectifs de décarbonation sans accroître les inégalités environnementales.
Un dossier au croisement des enjeux locaux et métropolitains
Thermo‑sur‑Seine place en tension des objectifs parfois contradictoires : réduction des émissions carbone à l’échelle de la métropole, gestion des déchets non recyclables et protection de la santé des populations locales. Le conflit révèle aussi un clivage entre acteurs économiques qui présentent une solution centralisée et des élus et riverains qui demandent une approche plus territorialisée et précautionneuse.
| Élément | Chiffres / précisions |
|---|---|
| Coût estimé | 1,2 milliard d’euros |
| Quantité de CSR prévue | 450 000 tonnes |
| Concertation | Jusqu’au 1er novembre |
La suite du dossier dépendra des conclusions de la concertation, des éventuelles études indépendantes et des arbitrages des autorités compétentes. En l’état, la mobilisation des EPT du Val‑de‑Marne et des collectivités voisines marque une étape significative dans la contestation d’un projet qui vise pourtant à inscrire la métropole dans la trajectoire de la transition énergétique.