La nécessité d’un changement d’échelle : c’est la proposition centrale de Laurent Rossez, directeur général adjoint de l’agence AIA Life Designer, qui publie un ouvrage consacré à l’« adaptation intégrale ». Pour l’auteur, il faut transformer en profondeur la manière dont sont planifiés les territoires et conçus les bâtiments afin d’anticiper des phénomènes climatiques et systémiques qui se multiplient.
Penser l’adaptation à 360°
Dans son livre, Laurent Rossez explique que l’« adaptation intégrale » vise à intégrer le changement climatique à toutes les étapes de l’aménagement et de la construction, en adoptant une lecture globale et transversale des risques. Il rappelle que les hypothèses anciennes sur lesquelles reposaient nos projets d’aménagement sont aujourd’hui remises en cause par des événements plus extrêmes et plus fréquents.
Le constat est sans détours : les outils couramment utilisés pour prévoir le comportement thermique des bâtiments ne prennent pas en compte des températures que nous observons désormais régulièrement. À titre d’exemple, l’auteur souligne que certains modèles n’intègrent pas de simulations au‑delà de 40 °C — une limite qui a été dépassée lors des canicules récentes.
« L’adaptation intégrale est une nouvelle approche stratégique qui doit nous permettre de repenser à 360° et en profondeur l’aménagement de nos territoires et de notre cadre de vie. »
Des outils d’évaluation à revoir
Laurent Rossez pointe des lacunes dans les outils existants. Il cite notamment les diagnostics de performance énergétique (DPE), conçus pour mesurer l’efficience en période hivernale, mais qui n’intègrent pas de données sur le confort d’été. Il met également en avant le faible nombre de plans locaux dédiés à certains risques : parmi les communes concernées par les incendies, moins de 500 disposent d’un Plan de prévention des risques incendies (PPRIF) — un chiffre mis en perspective dans son analyse.
Une ambition comparable à la reconstruction d’après‑guerre
Sur le plan politique, l’auteur appelle à une ambition collective de grande ampleur : faire de l’adaptation une politique nationale de planification comparable à celle qui a accompagné la reconstruction de la France après 1945. Ce parallèle vise à souligner la nécessité d’un engagement étendu et coordonné, impliquant autorités nationales, collectivités locales et acteurs du bâtiment.
Rossez situe son propos dans le contexte actuel : la parution de son ouvrage coïncide avec un été exceptionnellement chaud en France, marqué par des températures qui ont parfois franchi le seuil des 40 °C et par des conséquences multiples (incendies, stress hydrique, épisodes orageux violents). Il estime que, malgré l’existence d’un troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3), la mise en œuvre reste encore à ses débuts.
- Repenser les modèles : intégrer les nouveaux seuils de température et les événements extrêmes dans les simulations et diagnostics.
- Renforcer la planification : développer des plans locaux et régionaux adaptés (ex. PPRIF) et coordonner au niveau national.
- Faire de l’adaptation une politique structurelle : mobiliser ressources, réglementation et gouvernance pour des transformations à long terme.
Conséquences et enjeux pour la politique publique
Les propositions de l’auteur posent plusieurs questions concrètes pour les décideurs : comment mettre à jour les normes et diagnostics (DPE, simulations thermiques) pour intégrer le confort d’été ? Quelle articulation entre plans nationaux et initiatives locales pour assurer une mise en œuvre effective ? Quelle mobilisation des moyens financiers et humains sera nécessaire pour opérer la transition sans accroître les inégalités territoriales ?
Si l’analyse insiste sur la dimension technique, elle engage aussi un débat politique sur le niveau d’ambition à adopter. Demander que l’adaptation devienne une « grande politique nationale de planification » revient à réclamer une vision stratégique et des instruments de coordination renforcés — tant au niveau des États que des Régions et des communes — pour adapter durablement l’habitat, les infrastructures et les territoires aux nouveaux risques climatiques.