Près d’un quart des questions écrites déposées à la Chambre des représentants en néerlandais auraient été intégralement générées par une intelligence artificielle, selon une analyse menée par le quotidien flamand Het Nieuwsblad et réalisée à partir d’un échantillon de 491 questions. L’étude, qui a recours à des outils de détection utilisés par des universités, identifie également 20,4 % de questions « partiellement » produites par des algorithmes ; seulement 57 % des questions examinées apparaîtraient comme entièrement rédigées par des humains.
Des méthodes de détection empruntées au milieu universitaire
Pour établir ces chiffres, le journaliste Peter Mijlemans s’est appuyé sur Pangram, un outil utilisé notamment dans les universités afin de repérer le recours frauduleux à l’intelligence artificielle dans des travaux académiques. Les chatbots et autres générateurs de texte ont des signatures linguistiques reconnaissables : vocabulaire et constructions répétitives, tournures stéréotypées, ou schémas syntaxiques récurrents qui trahissent une production algorithmique.
Une pratique en hausse selon la présidence de la Chambre
Le phénomène n’est pas anecdotique : Peter De Roover (N-VA), président de la Chambre, est cité dans l’enquête en estimant que le nombre de questions rédigées avec l’aide de l’intelligence artificielle « ne cesse d’augmenter ». Cette montée en puissance pose plusieurs problèmes institutionnels et éthiques autour du rôle même des parlementaires.
« Le nombre de questions rédigées avec l’aide de l’intelligence artificielle ne cesse d’augmenter. »
Les enjeux soulevés
La pratique interpelle à plusieurs titres :
- Exemplarité : les parlementaires ont un devoir de modèle dans l’espace public, notamment vis‑à‑vis des étudiants et des citoyens pour qui passer par une IA pour rédiger un travail est assimilé à de la triche.
- Qualité du contrôle parlementaire : les questions écrites servent à obtenir des chiffres, des précisions et à mettre des ministres en difficulté. Si elles sont conçues pour la visibilité plutôt que pour la substance, la fonction de contrôle s’en trouve affaiblie.
- Ressources administratives : submerger les cabinets ministériels et l’administration de questions standardisées peut détourner du travail d’enquête approfondie et réduire la capacité du Parlement à obtenir des réponses pertinentes.
Des risques pour la démocratie parlementaire
L’enquête pointe un glissement : transformer la production de questions en un simple geste de visibilité peut nuire au débat public et à la responsabilité politique. Plus un député multiplie les questions, plus il augmente ses chances d’obtenir une mise en lumière médiatique, un facteur non négligeable pour la carrière politique et les perspectives électorales. Confier la rédaction de ces instruments de contrôle à une machine, c’est aussi risquer d’uniformiser les interpellations et d’appauvrir le contenu des échanges.
Les outils d’intelligence artificielle peuvent certes être utiles pour synthétiser des données ou aider à la formulation ; la question déterminante, pour l’instant, est celle de la transparence et de la traçabilité : faut‑il obliger les parlementaires à signaler l’usage d’une IA lorsqu’ils déposent une question ?
| Type de rédaction | Part du total (échantillon de 491) |
|---|---|
| Intégralement générée par IA | 22,5 % |
| Partiellement générée par IA | 20,4 % |
| Entièrement rédigée par un humain | 57 % |
Le constat effectué par Het Nieuwsblad ne permet pas de conclure à une fraude organisée, ni d’identifier les auteurs individuels de ce recours aux algorithmes. Il pose en revanche la nécessité d’un débat politique et institutionnel sur les bonnes pratiques et les obligations de transparence des élus face à l’essor des outils génératifs.
À court terme, la Chambre devra s’interroger sur des réponses possibles : codes de déontologie actualisés, signalement obligatoire de l’usage d’outils automatisés, ou encore formation des parlementaires afin que l’assistance technologique renforce vraiment la qualité du travail parlementaire plutôt que de le remplacer.