Joffray Lépine, dirigeant de l'ETA Crop Agro Tech, a investi dans le dispositif I‑Spray pour réaliser un désherbage ultra‑localisé sur une surface de 1 200 hectares. Fruit d'un partenariat entre Carbon Bee et Kuhn, le système équipe un automoteur Kuhn Artec et vise à réduire les intrants tout en préservant les parcelles des clients.
Technique et performance
La rampe de 30 mètres est dotée de 11 capteurs et de porte‑buses Dynajet commandés individuellement grâce à une technologie PWM, permettant un déclenchement buse par buse. Des caméras hyperspectrales installées sur la rampe détectent les adventices une à une; l'opérateur peut paramétrer, via l'interface, la taille des mauvaises herbes à cibler, en privilégiant des spécimens plus petits pour protéger les cultures.
Le système cherche aussi à maintenir une taille de goutte constante malgré les variations de vitesse, condition nécessaire pour assurer une pulvérisation précise, y compris en mode « vert sur marron » ou « vert sur vert ». Le stade de développement du maïs est déterminant : la plage optimale d'intervention se situe entre 6 et 8 feuilles.
Bénéfices mesurés et limites observées
Sur le plan des économies d'herbicides foliaires, l'ETA indique habituellement des gains compris entre 30 et 70 %. Cependant, pour la campagne en cours, les résultats sont nettement inférieurs : entre 0 et 10 % d'économie en raison d'une explosion des mauvaises herbes liée à la sécheresse, qui a rendu inefficace le désherbage de base.
Globalement, l'utilisation du dispositif entraîne une réduction de l'IFT herbicide sur maïs de 0,5 à 1 point sans impact constaté sur les rendements. Mais l'efficacité varie selon les conditions climatiques et le stade des cultures, ce qui tempère l'universalité des gains.
- Surface couverte : 1 200 ha
- Rampe : 30 m équipée de 11 capteurs
- Plage d'efficacité idéale : 6–8 feuilles
- Économie habituelle d'herbicides : 30–70 % (actuellement 0–10 %)
- Réduction IFT : 0,5–1 point
Coût, tarification et contraintes opérationnelles
L'installation du système I‑Spray représente un coût estimé à 2 000 € par mètre de rampe. Sur l'automoteur concerné, cela porte l'investissement total à 400 000 €. Pour contribuer à amortir cet équipement, l'ETA a augmenté ses tarifs de prestation de 5 à 15 € par hectare selon les parcelles.
La complexité du dispositif impose en outre une vitesse d'avancement limitée à 17 km/h, ce qui ralentit le chantier et peut affecter la productivité horaire par rapport à des pratiques conventionnelles. Ces éléments pèsent sur la compétitivité des prestations et sur la capacité à rendre l'investissement rentable à moyen terme.
| Rubrique | Valeur |
|---|---|
| Coût par mètre de rampe | 2 000 € |
| Investissement total | 400 000 € |
| Vitesse maximale d'avancement | 17 km/h |
| Réduction IFT | 0,5–1 point |
Conséquences pour les exploitations et perspectives
Du point de vue des agriculteurs, le recours à ce type d'outil peut permettre de diminuer l'usage d'herbicides et d'améliorer le profil environnemental des parcelles, sans perte de rendement rapportée par l'ETA. Mais la variabilité des économies réalisées — fortement dépendante des conditions climatiques et de l'état de la flore adventice — signifie que le bénéfice financier n'est pas garanti chaque saison.
Pour un entrepreneur comme l'ETA Crop Agro Tech, la question de la rentabilité repose donc sur plusieurs facteurs : la capacité à maintenir le matériel occupé sur une surface suffisante, la tolérance des clients à une hausse de tarif de 5–15 €/ha, et la régularité des économies d'intrants. Le dispositif illustre en tout cas la montée en puissance des technologies de pulvérisation ciblée et leur rôle potentiel dans la transition vers une agriculture moins consommatrice d'intrants.