Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), publie une nouvelle estimation montrant que près d’un huitième des nouveaux cas de cancer dans le monde en 2024 sont attribuables à des infections. Les auteurs de l’étude, parue dans The Lancet Oncology, ont chiffré à 2,3 millions le nombre de diagnostics de cancer reliés à douze agents infectieux identifiés — virus, bactéries et parasites — sur l’ensemble des nouveaux cas recensés.
Des agents infectieux au cœur de nombreux cancers
Parmi ces agents, la bactérie Helicobacter pylori arrive en tête, responsable d’environ 760 000 cas de cancer. Elle est suivie de près par le papillomavirus humain (HPV) avec près de 750 000 cas attribuables. Le virus de l’hépatite B est imputé à quelque 360 000 cas ; le virus d’Epstein‑Barr à environ 260 000 cas ; et le virus de l’hépatite C à près de 160 000 cas.
À eux cinq, ces agents expliqueraient la quasi‑totalité des cancers d’origine infectieuse, souligne le CIRC, ce qui met en lumière des cibles prioritaires pour la prévention.
« Le paysage des cancers liés aux infections continue d’évoluer à mesure que les connaissances scientifiques progressent », a noté le Dr Gary Clifford, coauteur principal de l’étude, cité par le CIRC.
Inégalités géographiques marquées
L’analyse met également en évidence d’importantes disparités régionales. L’Asie de l’Est concentre à elle seule 42 % des cancers d’origine infectieuse, principalement liés à H. pylori et au virus de l’hépatite B. L’Afrique subsaharienne, très affectée, représente environ 28,5 % des cas mondiaux de ce type.
Ces différences reflètent des écarts d’accès aux mesures de prévention (vaccination, diagnostics précoces, traitements des infections) ainsi que des variations dans l’exposition aux agents infectieux.
Implications pour la prévention et la politique de santé
Les résultats renforcent l’idée que des stratégies éprouvées — vaccination contre le HPV et l’hépatite B, dépistage et traitement d’H. pylori, prise en charge des hépatites virales — peuvent réduire significativement la charge de cancer liée aux infections. Pour la Belgique, comme pour d’autres pays européens, l’étude souligne l’importance de maintenir et d’améliorer les programmes de vaccination et de dépistage, ainsi que l’accès aux traitements antiviraux et aux soins primaires.
- Vaccination : le vaccin contre le HPV et celui contre l’hépatite B restent des outils-clés pour prévenir des cancers.
- Dépistage et traitement : recherche et prise en charge d’H. pylori et dépistage des hépatites peuvent limiter l’évolution vers un cancer.
- Inégalités : des efforts ciblés sont nécessaires dans les zones et populations les plus touchées.
La publication dans The Lancet Oncology actualise les estimations en intégrant de nouvelles connaissances scientifiques et des données d’incidence élargies. Elle rappelle que, même si une part importante des cancers reste liée à des facteurs non infectieux (tabac, alimentation, expositions professionnelles, génétique), une proportion non négligeable est potentiellement évitable par des politiques de santé publique.
| Agent infectieux | Cas de cancer attribués (approx.) |
|---|---|
| Helicobacter pylori | 760 000 |
| Papillomavirus humain (HPV) | 750 000 |
| Virus de l’hépatite B | 360 000 |
| Virus d’Epstein‑Barr | 260 000 |
| Virus de l’hépatite C | 160 000 |
Pour les autorités sanitaires belges, ces données constituent un signal pour renforcer les mesures préventives existantes, évaluer la couverture vaccinale et optimiser l’accès aux tests et traitements. Elles doivent aussi alimenter la communication envers la population sur les moyens concrets de réduire le risque de cancers d’origine infectieuse.
Enfin, l’étude invite la communauté scientifique et les décideurs à poursuivre la surveillance épidémiologique et la recherche sur les liens entre infections et cancer, afin d’affiner les stratégies de prévention et d’atteindre des populations encore insuffisamment couvertes.