Les chiffres publiés récemment par l’Institut national de la statistique donnent une apparence rassurante à l’économie tunisienne : une croissance positive au deuxième trimestre 2026. Mais une lecture détaillée des données met en lumière des déséquilibres profonds. L’expansion du produit intérieur brut repose largement sur des secteurs saisonniers et peu qualifiés tandis que des branches industrielles stratégiques reculent fortement.
Une croissance globale mais des moteurs fragiles
Au niveau macroéconomique, la progression du PIB est portée par des secteurs dont la contribution est sensible mais instable. L’agriculture et la pêche, l’hôtellerie‑restauration et la construction expliquent l’essentiel de la dynamique positive, mais ces activités emploient une main‑d’œuvre souvent précaire et saisonnière. À l’inverse, plusieurs pans industriels connaissent des baisses marquées.
| Secteur | Variation (T2 2026) |
|---|---|
| Agriculture et pêche | +5,54 % |
| Hôtellerie et restauration | +4,64 % |
| Bâtiment | +3,61 % |
| Extraction minière | -9,60 % |
| Industries chimiques | -7,02 % |
| Extraction pétrole et gaz | -1,12 % |
| Textile (export) | -0,94 % |
Demande intérieure et commerce extérieur : un équilibre précaire
La demande intérieure est en hausse, à hauteur de +3,3 %, tandis que les exportations affichent un bond de +10,4 %. Mais cette amélioration se heurte à une hausse encore plus rapide des importations, qui progressent de +11,2 %. Ce phénomène signifie que le gain en production extérieure est en grande partie absorbé par un accroissement des achats externes, limitant l’effet positif sur la production nationale et les comptes extérieurs.
Impacts sur l’emploi : croissance sans création durable
Les secteurs qui contribuent à la croissance — agriculture, tourisme, bâtiment — ont en commun une forte dépendance à une main‑d’œuvre non qualifiée, souvent temporaire. Cette configuration explique en partie la crise persistante du marché du travail : la création d’emplois stables et qualifiés, nécessaire pour réduire le chômage structurel et soutenir les revenus des ménages, n’est pas au rendez‑vous.
- La croissance sectorielle est concentrée sur des activités saisonnières et à faible valeur ajoutée.
- Plusieurs industries stratégiques et exportatrices accusent des reculs prononcés.
- Les importations progressent plus vite que les exportations, limitant l’amélioration des soldes extérieurs.
Pris ensemble, ces éléments dessinent le portrait d’une reprise qui peut paraître solide au premier regard mais qui, dans le détail, repose sur des bases vulnérables. Pour les ménages et les travailleurs, cela se traduit par un risque élevé de précarité de l’emploi et par une moindre capacité des secteurs en croissance à offrir des trajectoires professionnelles pérennes ou des salaires attractifs.
Sur le plan des politiques publiques, la situation appelle des mesures ciblées : renforcer l’attractivité et la compétitivité des filières industrielles exportatrices, encourager la montée en qualification de la main‑d’œuvre et mieux accompagner la transformation productive afin que la croissance devienne inclusive et durable. Sans ces ajustements, la statistique officielle risque de masquer encore longtemps des fragilités structurelles profondes.