La Tunisie dispose désormais de plus de 30 milliards de dinars en espèces en circulation, selon l’analyse publiée en août 2026 par l’économiste Ridha Chkoundali. Ce montant marque une progression d’environ 4 milliards de dinars par rapport à l’année précédente et interroge sur les dynamiques de paiement et la santé du système économique tunisien.
Une progression qui dépasse la croissance économique
Pour Ridha Chkoundali, cette hausse du numéraire ne s’explique pas uniquement par l’inflation : elle traduit un basculement des modes de paiement vers le cash. Plusieurs facteurs identifiés expliquent ce phénomène :
- la réforme des règles sur les chèques, qui a réduit l’usage de cet instrument sans qu’une alternative numérique ne s’impose immédiatement ;
- la levée du plafond sur les paiements en espèces, facilitant les transactions en numéraire ;
- l’expansion de l’économie parallèle, pour laquelle le cash facilite l’anonymat et l’évitement des circuits bancaires et fiscaux.
Conséquences sur la finance et les recettes publiques
Chkoundali souligne plusieurs effets concrets de ce retournement vers le cash. D’une part, une masse importante de liquidités hors système financier réduit la capacité d’intermédiation des banques : « moins de dépôts signifient moins de crédits disponibles et réduisent la portée des instruments de politique monétaire », écrit-il. D’autre part, l’accroissement du numéraire érode la base fiscale de l’État, créant une concurrence défavorable pour les acteurs qui respectent leurs obligations fiscales et sociales.
« Cette augmentation du cash fragilise l’intermédiation bancaire, moins de dépôts signifient moins de crédits disponibles et réduit la portée des instruments de politique monétaire. Elle érode aussi la base fiscale de l’État et crée une concurrence défavorable pour les acteurs qui respectent les obligations fiscales et sociales. En outre, une masse monétaire qui gonfle sans augmentation correspondante de la production peut alimenter l’inflation »,
Enfin, l’économiste met en garde contre un risque inflationniste si la masse monétaire croît sans une augmentation parallèle de la production. Dans un contexte déjà contraint par des « goulots d’offre », cet excès de numéraire peut amplifier des pressions sur les prix.
Quelle réponse publique ?
Plutôt que la répression, Ridha Chkoundali propose une stratégie en deux volets pour inverser la tendance :
- rendre le paiement électronique et bancaire plus attractif : réduction des coûts, paiements instantanés, renforcement de la confiance et alternatives crédibles aux chèques ;
- intégrer l’économie informelle en s’attaquant aux causes profondes : simplification des règles fiscales et administratives et diminution du coût d’entrée dans le secteur formel, plutôt que des sanctions uniquement.
Ces pistes visent à restaurer les dépôts bancaires — source de crédit pour l’économie — et à élargir l’assiette fiscale sans recourir exclusivement à des mesures coercitives qui risqueraient d’empirer la défiance.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Numéraire en circulation (août 2026) | > 30 milliards de dinars |
| Augmentation annuelle | ≈ 4 milliards de dinars |
La montée du cash en Tunisie pose donc une double question : comment réconcilier les préférences de paiement des citoyens avec les besoins de mobilisation de l’épargne à travers le système bancaire, et comment réduire l’espace de l’économie informelle sans pénaliser les entreprises qui cherchent à se formaliser ?
Pour les autorités, la partie est délicate : il s’agit de restaurer la confiance dans les instruments de paiement et dans les institutions financières tout en rendant l’accès au formel attractif et viable économiquement pour les acteurs informels. Les préconisations de Chkoundali soulignent l’importance d’un mix d’incitations techniques et de réformes structurelles, plutôt que d’une stratégie de sanctions qui risquerait d’accentuer la fuite vers le cash.