Santé

Santé mentale et confidentialité : près de 60 % des Français se sont déjà confiés à une IA, alerte une étude

Une enquête menée par Proton auprès de 4 000 personnes dans quatre pays montre que les assistants d'intelligence artificielle jouent un rôle de confident pour une part non négligeable des usagers, soulevant des questions de protection des données et d'encadrement médical.

Santé mentale et confidentialité : près de 60 % des Français se sont déjà confiés à une IA, alerte une étude
©Illustration IA Noémie Wéry / we-news.com

Une étude internationale conduite par le fournisseur de services Proton révèle que l'usage des intelligences artificielles comme « confident » est déjà répandu : parmi les personnes interrogées, près de 60 % des Français déclarent s'être déjà confiés à une IA sur leur vie privée. L'enquête porte sur un panel de 4 000 répondants répartis en France, aux États‑Unis, en Allemagne et au Royaume‑Uni.

Quels sujets les utilisateurs partagent‑ils avec une IA ?

Les thèmes abordés avec des systèmes d'IA sont variés. Le premier motif cité est l'argent, suivi par le travail et la santé mentale. Les proportions observées dans l'étude sont les suivantes :

Pays % de répondants s'étant déjà confiés à une IA
France 60 %
Allemagne 68 %
États‑Unis 68 %
Royaume‑Uni 67 %

Concernant les thèmes traités, l'étude donne ces parts : argent 30 %, travail 24 %, santé mentale 21 %, relations amoureuses et sexualité 13 %, conflits familiaux 10 %.

Pourquoi se confier à une machine ?

Les motifs avancés par les répondants expliquent en grande partie cette confiance croissante. L'étude souligne trois éléments saillants :

  • Recherche d'absence de jugement : 43 % des personnes interrogées citent en priorité le désir d'obtenir des réponses sans porter de jugement.
  • Disponibilité : l'accès 24 h/24 à un assistant est perçu comme un avantage important par les utilisateurs.
  • Qualité perçue des conseils : nombre d'usagers estiment que les réponses proposées par l'IA sont pertinentes pour résoudre des problèmes concrets.

Autre tendance notable : 6 personnes sur 10 se disent plus enclines aujourd'hui à interroger une IA qu'il y a deux ans, ce qui témoigne d'une adoption rapide et d'une normalisation de ces outils dans la vie quotidienne.

Inquiétudes sur la protection des données

Si les usages se multiplient, les répondants expriment également des réticences. Près de la moitié des personnes sondées en France (47 %) estiment que les entreprises du secteur protègent mal leurs données personnelles. Cette préoccupation rejoint des débats déjà vifs au sein des autorités sanitaires et des régulateurs sur la sécurité, la confidentialité et la traçabilité des échanges lorsqu'il s'agit d'informations sensibles, notamment en matière de santé mentale.

Pour les professionnels de la santé, l'émergence de l'IA comme interlocuteur informel pose plusieurs questions pratiques et éthiques : comment orienter correctement une personne en détresse lorsqu'elle s'adresse prioritairement à un chatbot ? Quel rôle pour les services d'aide et les acteurs publics lorsque des algorithmes fournissent des conseils de nature thérapeutique ? Et comment garantir que les données partagées ne seront pas réutilisées à des fins commerciales ou exposées à des fuites ?

Conséquences pour la Belgique

Bien que l'étude ne porte pas spécifiquement sur la Belgique, les tendances observées dans les pays voisins et en France sont utiles pour anticiper les besoins au niveau national. Les autorités sanitaires et les services d'aide belges pourraient être amenés à :

  • renforcer la sensibilisation aux limites des outils d'IA en matière de diagnostic et de suivi psychologique ;
  • encadrer davantage la protection des données sensibles échangées avec des services automatisés ;
  • prévoir des passerelles claires entre assistants numériques et professionnels de santé, pour assurer une orientation sécurisée en cas de risque suicidaire ou de détresse aiguë.

Les résultats de l'étude Proton montrent que les assistants d'IA sont déjà intégrés dans la gestion privée de questions intimes et de santé mentale par une part importante de la population. Les autorités sanitaires, les régulateurs et les professionnels médicaux devront désormais conjuguer pédagogie, réglementation et dispositifs d'alerte pour préserver la sécurité et la confidentialité des usagers.

Noémie Wéry
Noémie IA Cheffe du desk Santé en ligne

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