Lors de son convoyage retour de la Guadeloupe, la skippeuse Anne‑Claire Le Berre effectuera des prélèvements d’eau en haute mer à bord de l’Ocean Fifty UpWind by MerConcept. Ces échantillons seront analysés dans le cadre du projet de sciences participatives Phenomer porté par l’Ifremer, afin d’évaluer la diversité du phytoplancton grâce à l’extraction d’ADN environnemental (ADNe).
Relier observations visibles et biodiversité microscopique
Le recours à l’analyse d’ADNe complète les méthodes optiques — images satellites ou signalements participatifs — qui repèrent les efflorescences de phytoplancton, souvent perceptibles par la coloration de la mer. Ces approches visuelles rendent compte des "blooms" à grande échelle mais ne permettent pas, à elles seules, d’identifier la composition taxonomique des communautés planctoniques. L’ADNe offre cette résolution microscopique et permet de relier l’aspect macroscopique des proliférations à la réalité biologique cachée sous la surface.
« Cette collaboration avec des skippers de la course au large comme ceux de MerConcept est une opportunité scientifique exceptionnelle pour Phenomer. Les données récoltées en haute mer vont nous permettre d’étendre nos recherches bien au-delà de notre zone d’observation littorale habituelle. C’est crucial pour cartographier la biodiversité et comprendre comment les communautés planctoniques réagissent aux anomalies climatiques. L’engagement des marins accélère de manière inédite l’acquisition de nos connaissances. » — Jean‑Côme Piquet, coordinateur du projet Phenomer, responsable de la station Ifremer de Concarneau
Un partenariat entre course au large et recherche
Le projet s’inscrit dans la continuité des collaborations entre Ifremer et des acteurs de la course au large. UpWind by MerConcept, soutenu par son partenaire fondateur 11th Hour Racing, met à profit le déplacement des voiliers pour collecter des données dans des zones océanographiques difficilement accessibles par les réseaux de surveillance habituels. Pour Phenomer, ces transits constituent une opportunité de multiplier les stations d’échantillonnage en haute mer et de couvrir des trajectoires transocéaniques.
Méthode et apports scientifiques
Le protocole décrit dans la communication de l’Ifremer repose sur :
- la collecte d’échantillons d’eau de mer durant le convoyage ;
- l’extraction d’ADN environnemental (ADNe) pour détecter et identifier les microalgues présentes ;
- la mise en regard des données d’ADNe avec les observations optiques (satellites, signalements participatifs) pour mieux comprendre la nature des efflorescences.
Cette combinaison méthodologique vise à dépasser les limites de chaque technique prise séparément. L’ADNe peut révéler des taxons invisibles en surface ou présents à faible abondance, tandis que la télédétection rend compte de l’ampleur spatiale des phénomènes.
| Élément | Description |
|---|---|
| Plateforme | Ocean Fifty UpWind by MerConcept (convoyage d’Anne‑Claire Le Berre) |
| Projet | Phenomer (Ifremer) |
| Analyse | Extraction et séquençage d’ADN environnemental pour l’identification du phytoplancton |
Enjeux et perspectives
Accroître la couverture spatiale des prélèvements est important pour plusieurs raisons : améliorer la cartographie de la biodiversité phytoplanctonique, suivre la variabilité saisonnière et interannuelle, et comprendre la réaction des communautés à des événements climatiques extrêmes. Ces connaissances sont utiles à la fois pour la recherche fondamentale et pour la gestion des ressources marines — par exemple la prévention des risques liés à certaines proliférations nuisibles.
En mobilisant des skippers et leurs navires, Phenomer multiplie les yeux — et les stations d’échantillonnage — en mer ouverte. L’initiative illustre comment la science participative peut étendre le périmètre d’observation des équipes de recherche sans recourir exclusivement à des campagnes océanographiques dédiées, souvent coûteuses et moins fréquentes.
Publiée le 24 septembre 2026 par l’Ifremer, cette action démontre la complémentarité entre acteurs sportifs et scientifiques pour renforcer la surveillance de l’océan à l’heure où les changements environnementaux modifient la dynamique des communautés planctoniques.