85 % des Français âgés de moins de 35 ans affirment avoir déjà renoncé à un rendez‑vous médical, selon une étude relayée en exclusivité par Sciencepost. Le phénomène ne se limite plus aux foyers les plus modestes : il a gagné une large part des jeunes actifs et s’inscrit dans une tendance nationale à la hausse.
Une progression rapide à l’échelle nationale
À l’échelle du pays, près de 73 % des Français auraient renoncé à au moins un acte médical au cours des cinq dernières années, soit une hausse de 10 points en un an, d’après la même enquête. Ces chiffres dessinent une réalité multiple : le renoncement touche aussi bien les zones urbaines que rurales et ne suit pas uniquement une logique de « déserts médicaux ».
Motifs invoqués : disponibilité des spécialistes en tête
Contrairement à l’idée reçue selon laquelle le renoncement serait d’abord lié aux difficultés financières, l’enquête souligne que la manque de disponibilité des spécialistes arrive désormais en tête des raisons évoquées, dans environ 6 cas sur 10. Le reste à charge — la part des dépenses de santé non prise en charge par la Sécurité sociale et les mutuelles — demeure toutefois un facteur important, cité dans environ 4 cas sur 10.
- 85 % : renoncement déclaré chez les moins de 35 ans.
- 73 % : part des Français ayant renoncé à un acte médical ces cinq dernières années.
- +10 points : progression en un an.
- 6/10 : motif principal — indisponibilité des spécialistes.
- 4/10 : motif financier — reste à charge.
Le phénomène gagne les grandes villes
Le renoncement ne se cantonne pas aux zones peu dotées en praticiens. Même en Île‑de‑France, région généralement mieux pourvue, le taux de renoncement atteindrait 77 %. Certaines régions comme la Provence‑Alpes‑Côte d'Azur, la Nouvelle‑Aquitaine ou l’Occitanie semblent mieux s’en sortir, selon les éléments rapportés par Sciencepost, mais le phénomène reste globalement préoccupant.
Jeunes actifs : contraintes de temps et fragilité budgétaire
Chez les 18‑35 ans, la combinaison des rythmes de travail soutenus, de plannings surchargés et des dépenses liées au logement ou aux crédits rend difficile l’intégration d’un soin imprévu dans le budget mensuel. Un soin dentaire, une consultation spécialisée ou un examen complémentaire peut représenter une dépense non anticipée que beaucoup préfèrent reporter, en espérant une amélioration spontanée de l’état de santé.
La question du reste à charge est centrale : lorsqu’il n’est pas couvert par la Sécurité sociale ni par la mutuelle, il pèse directement sur le pouvoir d’achat des jeunes ménages en début de vie active. Les mutuelles et la Sécurité sociale sont donc des acteurs clés pour limiter ce frein financier, de même que l’organisation de l’offre de soins en ville.
Conséquences et enjeux pour les autorités
Le renoncement aux soins a des conséquences potentielles sur la prévention, la prise en charge précoce et, à terme, sur les coûts pour le système de santé si des pathologies se dégradent faute d’intervention rapide. L’enquête relayée par Sciencepost alerte sur la nécessité d’agir à plusieurs niveaux :
| Enjeu | Conséquence |
|---|---|
| Accès aux spécialistes | Augmentation des délais, rendez‑vous repoussés |
| Reste à charge | Frein financier aux soins, report des dépenses de prévention |
| Organisation du travail | Difficulté pour les actifs à se libérer pendant les heures ouvrables |
Les acteurs concernés — pouvoirs publics, organismes d’assurance maladie, mutuelles et professionnels de santé — devront confronter ces données pour adapter l’offre : flexibiliser les horaires de consultation, renforcer l’accès aux spécialités et réduire le reste à charge pour certains actes sont parmi les leviers possibles. La coordination entre acteurs et une communication claire sur les aides existantes seront essentielles pour limiter le renoncement et ses impacts.
Pour l’heure, l’étude relayée par Sciencepost met en lumière une réalité persistante et en expansion : le renoncement aux soins n’est plus seulement une question sociale, il est aussi une question générationnelle et organisationnelle qui appelle des réponses coordonnées au niveau national.